dimanche 8 février 2015

Ukraine : un voyage pas vraiment rassurant


Après les rencontres de Kiev et Moscou, les discussions entre Angela Merkel et François Hollande avec Petro Poroshenko d’abord, puis Vladimir Poutine, nous attendons tous des éclaircissements ce soir. Une solution durable à cette crise peut-elle être trouvée ?

Mon optimisme naturel me pousse à penser que oui. Cependant les déclarations de ces dernières vingt quatre heures ne sont pas très encourageantes.

Hier, dans une interview à un quotidien italien, Federica Mogherini déclarait : « Sans le soutien politique, financier et militaire du Kremlin, les séparatistes n'auraient jamais pu faire ce qu'ils font. Ainsi, Poutine dispose d'instruments permettant de résoudre ce problème. »

Peut-être, mais on pourrait aussi dire : « Sans le soutien politique, financier et militaire de l’Union Européenne, le gouvernement de Kiev n'aurait jamais pu faire ce qu'il fait. Ainsi, l’Union Européenne dispose d'instruments permettant de résoudre ce problème. »

Ou encore : « Sans le soutien politique, financier et militaire des Etats-Unis, le gouvernement de Kiev n'aurait jamais pu faire ce qu'il fait. Ainsi, les Etats-Unis disposent d'instruments permettant de résoudre ce problème. »

Première remarque : que le « Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » rejette ainsi, à priori, la responsabilité de la résolution de la crise sur la Russie ne me semble pas de bonne augure quand au moins trois parties devraient œuvrer de concert.

Ensuite, va-t-on ou non livrer des armes à l’Ukraine. Pour le moment, l’Union Européenne dit non, pas question. Deux jours avant, le Wall Street Journal expliquait que les Etats-Unis étudiaient la possibilité de le faire pour des armes, soi disant « défensives » (incroyable subtilité). La visite de John Kerry était aussitôt interprétée comme une préparation à ces livraisons. L’Union Européenne est contre et les Etats-Unis sont pour. Alors, livrera, livrera pas ? Mais à Munich, on apprenait par la bouche du même John Kerry que "Permettez-moi de rassurer tout le monde: il n'y aucune divergence entre les Etats-Unis et l'Europe. Nous sommes solidaires en ce qui concerne l'absence de solution militaire en Ukraine, et nous sommes unis dans nos efforts diplomatiques".

Deuxième remarque : à qui faire confiance ? Par le passé, lorsqu’un dirigeant américain expliquait « nous sommes solidaires », cela voulait dire, le plus souvent, « le point de vue américain a fait l’unanimité »… Donc on négocie en préparant les livraisons d’armes que l’on ne livrera pas si Vladimir Poutine se range à notre point de vue. C’est la nouvelle méthode de négociation née de l’illusion d’un monde unipolaire et du providentialisme américain. Une méthode qui tient plus de l’ultimatum que de la diplomatie. Qui peut croire que Vladimir Poutine va radicalement changer de position aujourd’hui après la visite du « duo de charme » de l’Union Européenne ?

Dernier point qui n’est guère rassurant non plus, selon François Hollande, il s’agissait de la « négociation de la dernière chance ». Animé d’un tel optimisme, comment être convainquant ? Les affaires internationales sont d’un ordre légèrement différent de la recherche de compromis au sein du parti socialiste français. Hélas !

En attendant, on se bat toujours en Ukraine de l’est et les pertes sont certainement supérieures à ce que l’on nous raconte. Selon l’édition du week-end du Frankfurter Allgemeine, "Les services spéciaux allemands évaluent à 50.000 le nombre des victimes parmi les militaires et civils ukrainiens. Ce chiffre est dix foix supérieur aux informations officielles, qui ne sont pas crédibles".

jeudi 5 février 2015

Ukraine : il y a urgence !


Nous apprenions ce matin que François Hollande et Angela Merkel se rendaient cet après midi à Kiev et demain à Moscou pour présenter aux présidents Poutine et Poroshenko un plan de paix préparé par les diplomaties française et allemande.
Cela ressemble à la réaction de Nicolas Sarkozi en août 2008. Mais là, le président français était allé à Moscou d’abord puis à Tbilissi. La suite d’action a évidemment un sens. Mais tout ceci ne ressemble pas beaucoup à l’actuel président français ni à la chancelière allemande.
Alors quoi ? Que cache cet empressement ? A mon avis, il cherche à cacher que nous sommes à la veille d’un tournant important. Un tournant qui pourrait mettre l’ensemble de l’Europe dans une situation très grave, bien plus grave que la situation actuelle.
Sur le terrain en Ukraine de l’Est, les troupes gouvernementales sont en grande difficulté. Après avoir perdu l’aéroport de Donetsk, point stratégique d’où les troupes de Kiev pouvaient bombarder la ville, un très gros contingent est sur le point d’être totalement encerclé dans la « poche de Debaltsevo » un nouveau « chaudron » comme l’appellent les force sur le terrain qui s’inspirent de la dénomination allemande. L’armée de Kiev a de nouveau commis une erreur tactique comme elle en avait déjà commis deux cet été.
Les troupes gouvernementales sont très mal en point et sur le point de connaître un nouveau revers majeur. Les raisons en sont nombreuses. Le commandement a fait la preuve d’une telle incompétence que les « conseiller étrangers » ont été obligé de quitter leurs bureaux de Kiev pour aller sur le terrain, où l’un d’eux s’est d’ailleurs fait « piéger » par une chaîne de télévision (un combattant en uniforme ukrainien mais qui ne parle que l’anglais). Les soldats ukrainiens ont un très mauvais moral. On les oblige à tuer des compatriotes pour des motifs qui ne leur sont pas très clairs, dans une guerre qu’ils sont de plus en plus nombreux à considérer que ce n’est pas leur guerre.
Face à eux, ils ont des volontaires qui se battent sur leur terre, dans leur région et qui sont certains de leur bon droit. Mineurs ou ouvrier sidérurgistes, ils sont habitués à des conditions de vie très difficiles. Même la population qui souffre, qui paye un lourd tribut à la guerre, continue à les soutenir.
On nous rebat les oreilles de l’intervention russe dans le Donbass. Un général ukrainien a pourtant reconnu il y a quelques jours qu’ils n’avaient jamais eu devant eux de soldats de l’armée russe. Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’aide en provenance de la Russie voisine ? Ne soyons pas naïfs. Bien sûr il y a des volontaires qui viennent de Russie, et d’ailleurs aussi. Des Français, par exemple. Nous sommes face à une guerre par procuration entre les Etats-Unis et la Russie. Les deux camps bénéficient de soutiens extérieurs.
Le problème principal est donc de savoir qui a commencé et à qui tout cela profite. Les médias occidentaux font porter la responsabilité du conflit sur la Russie. Mais récemment, George Friedman, le fondateur et directeur de Stratfor, une société d’analyse géopolitique surnommée la « CIA privée » aux Etats-Unis, a déclaré dans une interview au quotidien russe Kommersant (le 21 décembre 2014) : « La Russie définit l’événement qui a eu lieu au début de cette année [en février 2014] comme un coup d’Etat organisé par les USA. Et en vérité, ce fut le coup [d’État] le plus flagrant dans l’histoire.»  Cette position sera confirmée (très prudemment il est vrai) par Barak Obama qui déclare à Fareed Zakaria, de CNN dans une interview du 31 janvier dernier : « (…) Mr. Poutine prit sa décision concernant la Crimée et l’Ukraine, non pas selon un projet de grande stratégie mais parce qu’il avait été pris de cours par les protestations du Maidan suivies de la fuite de Ianoukovitch après que nous ayons arrangé un accord de transition de gouvernement en Ukraine... »
On me demande souvent ce que veut Vladimir Poutine dans cette affaire. Pour une fois, je ne donnerai pas ma réponse mais celle, encore lui, de Georges Friedman que l’on ne peut soupçonner de « Poutinisme primaire » : « Au début de cette année [2014], il existait en Ukraine un gouvernement assez pro-russe mais très faible. Cette situation convenait parfaitement à la Russie: après tout, la Russie ne voulait pas contrôler complètement l’Ukraine ni l’occuper; il était suffisant pour elle que l’Ukraine ne rejoignît ni l’OTAN ni l’UE. Les autorités russes ne peuvent tolérer une situation où des forces militaires occidentales seraient stationnées à une centaine de kilomètres de Koursk ou de Voronezh. »
Rien de bien nouveau jusque là, si ce n’est que les forces de Kiev sont sur le point de perdre la partie sur le terrain, ou sont, au minimum, en grande difficulté. D’autant que la mobilisation lancée par Petro Poroshenko n’a pas trouvé beaucoup de candidats, c’est le moins que l’on puisse dire.
Comme à son habitude, le président ukrainien en appelle donc à ses protecteurs américains (ceux qui ont, comme mentionné plus haut « arrangé un accord de transition de gouvernement en Ukraine »). Et cette fois, la réaction semble plus empressée. John Kerry est à Kiev pour discuter de la livraison d’armes et les Etats-Unis publient le nouveau rapport Brookings, une institution présidée par Strobe Talbott, co-signé par d’anciens ambassadeurs, un ex-secrétaire d’état à la défense, des généraux et des amiraux. Le titre de ce rapport : "Conserver l'indépendance de l'Ukraine, résister à l'agression russe : ce que doivent faire les Etats-Unis et l'Otan". Il est disponible ici. Il préconise de fournir annuellement un milliard de dollars en aide militaire cette année et les deux années suivantes. Il conseille également de fournir de l'assistance létale aux forces armées ukrainiennes, et de « demander » aux autres pays de l’Otan de faire de même.
Tout se passe comme si, ayant compris que leur plan initial en Ukraine avait fait long feu, les Etats-Unis avaient décidé de créer un nouveau chaos aux portes de la Russie avant de se retirer, comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises dans d’autres pays. A ce propos, Georges Friedman expliquait dans l’interview cité plus haut : « Le point central, l’argument fondamental, c’est que l’intérêt stratégique des USA est d’empêcher la Russie de devenir hégémonique. » Quelle meilleure façon que de faire entrer l’Ukraine dans l’Otan ? Voilà pour le « Plan  A ». Il apparaît maintenant que ce plan risque fort de ne pas fonctionner. Reste alors le « Plan B », créer une situation inextricable qui gâchera pour longtemps toute possibilité d’entente entre l’Union Européenne et la Russie.
Mais c’est l’Union Européenne qui devra ensuite gérer cette crise. Une crise qui promet d’être longue et dévastatrice. Car qui sait ce que va faire la Russie en cas de livraison d’armes à l’Ukraine ? Elle ne peut pas ne pas réagir. A nous de gérer tout cela ensuite. Voilà pourquoi il y a urgence à agir avant qu’il ne soit trop tard. Je souhaite à Angel Merkel et François Hollande des trésors de diplomatie et de persuasion.

lundi 2 février 2015

Des centaines de milliers de mercenaires de l’Otan en Ukraine


Pour cacher quelque chose, il n’y a pas de meilleure moyen que de la laisser en pleine vue ! C’est ce que font les Etats-Unis et l’Otan en Ukraine. Si, en plus, on a une machine de propagande fonctionnant à plein régime, le succès est (presque) assuré.
Robert Parry (https://consortiumnews.com), le journaliste d’investigation américain connu, qui dénonce la propagande américaine est parfois déstabilisé par la puissance de cette propagande. Il dit à propos d’une récent article de l’économiste américain Paul Krugman : « que même des gens intelligents comme Paul Krugman puissent accepter la propagande à propos de la crise ukrainienne me fait hésiter entre le désespoir de voir un jour l’Amérique comprendre les problèmes du monde et l’émerveillement à propos de la puissance de cette propagande et sa capacité à fabriquer sa propre réalité. »
“When even smart people like economist Paul Krugman buy into the false narrative about the Ukraine crisis, it’s hard to decide whether to despair over the impossibility of America ever understanding the world’s problems or to marvel at the power of the U.S. political/media propaganda machine to manufacture its own reality.”
On ne lit pas, évidemment, ce genre de choses dans la presse officielle française.
La machine de propagande, on en connaît les éléments principaux. En tête, Victoria Nuland assistante secrétaire d’état qui dirige les opérations en Europe pour le compte du département d’état. Les services secrets américains aussi. On en parle peu, mais ils disposent de tout un étage dans le bâtiment des services secrets ukrainiens à Kiev. L’Otan évidemment dont le secrétaire général déclarait encore samedi dans une interview au Figaro : « La Russie viole les règles (du droit international) et les frontières de ses voisins ». Sans parler des fonctionnaires de l’Union Européenne dont l’activité principale semble être devenu la préparation de sanctions contre la Russie, des élus du Parlement Européen qui prônent le dialogue mais excluent les interlocuteurs qui ne leur conviennent pas, ni des gouvernements Polonais, Estonien, Letton et Lituanien. La liste pourrait être plus longue, nous nous arrêterons là.
Les médias officiels français et européens ouvrent largement leurs colonnes à ceux-là. En revanche, quand une opinion dissonante vient du « camp d’en face » on ne la mentionne pas ou seulement pour la tourner en dérision. Aujourd’hui, dans le camp occidental on ne discute plus avec ceux qui ne sont pas de votre avis. On les discrédite, on les « démonise », on les exclut. Plus de diplomatie, des ultimatums.
Alors quand le « grand méchant Vladimir » déclare que les volontaires du Donbass combattent non pas l’armée de Kiev mais une armée de mercenaires de l’Otan, ou pouffe ! Mais qu’est-ce qu’il raconte donc ?
Il dit simplement la vérité. Le Larousse nous donne la définition suivante du mot « mercenaire » : « Soldat qui sert à prix d'argent un gouvernement étranger. » Les deux expressions importantes sont « à prix d’argent » et « gouvernement étranger ».
Les armées de Kiev servent-elles le gouvernement démocratiquement élu de l’Ukraine, ou les intérêts des citoyens ukrainiens ? Je ne reviendrai pas sur la qualité « démocratique » du gouvernement Poroshenko, c’est un autre sujet. Mais en tout cas, cette armée ne sert pas les intérêts du pays. Il n’y a qu’à voir la situation économique dans laquelle il se débat et qui est aggravée par la guerre. L’Ukraine a besoin, au plus vite, de rétablir la paix sur l’ensemble de son territoire. Un gouvernement qui sabote les discussions de Minsk et qui proclame la mobilisation générale par étapes n’est pas un gouvernement qui cherche à rétablir la paix. D’autant que dans le même temps où il proclame ses « intentions pacifiques », il réclame armes et argent à ses sponsors étrangers.
Et si encore, il n’y avait que l’armée régulière. Mais un certains nombre de bataillons ont été formés qui sont financés par des oligarques ukrainiens soucieux de protéger leurs intérêts économiques régionaux. On ne les a pas encore beaucoup vu et entendu, mais si Kiev venait à rechercher véritablement un accord de paix avec le Donbass, ils entreraient certainement en scène. Qu’ils s’appellent “Donbass”, “Secteur droit”, “Azov” ou encore “Kharkiv-1” ces bataillons répondent bien à la définition de « mercenaires ».
Mais alors, me direz-vous, s’ils ne défendent pas les intérêts de l’Ukraine, quels intérêts défendent-ils donc ?  L’Otan n’est pas en guerre contre la Russie, voyons !
En êtes-vous sûr ? Avez-vous entendu Victoria Nuland en voyage d’inspection…, oh, pardon « en visite amicale » dans une unité de gardes frontières ukrainiens près de Kiev, le 28 janvier, déclarer : « … urged NATO to install command and control centers in all six frontline states”. En Français, cela donnerait : « l’Otan doit installer des centres de commandement et de contrôle dans les six états de la LIGNE DE FRONT !... » S’il y a ligne de front, c’est bien qu’il y a guerre, au moins dans l’esprit de Victoria Nuland, et de la plupart des néo-cons américains ! Une guerre entre les Etats-Unis et la Russie. Mais une guerre que les américains peuvent nier puisqu’il n’y a pas de soldats réguliers américains sur le terrain. La méthode a déjà été souvent employée, en Amérique du Sud, par exemple. On appelle cela des guerres par procuration. Les combattants sont des mercenaires.
Et par qui les mercenaires combattant en Ukraine sont-ils payés ? La même Victoria Nuland nous a déjà expliqué il y a un an que les Etats-Unis avaient « investi » cinq milliards de dollars dans les « aspirations des Ukrainiens à la démocratie ». Les fonds continuent à arriver de la même source, mais aussi, de l’Union Européenne  et même du FMI dont les statuts prévoient pourtant qu’il ne peut pas prêter d’argent à un pays en guerre.
Les soldats de Kiev servent donc des intérêts qui ne sont pas ceux de leur pays et ils sont payé par des pays étrangers. Je sais, le paiement n’est pas direct, mais celui qui paie la solde n’est qu’un relai pour celui qui donne effectivement l’argent, non ?
C’est sans doute pour cela que Vladimir Poutine a parlé de mercenaires de l’Otan et non, simplement de mercenaires américains, pour tenir compte de la diversité des sources de financement qui toutes, cependant, viennent de pays appartenant à l’Otan.

vendredi 16 janvier 2015

Russie : François Hollande persiste, va-t-il signer ?


Je concluais un précédent article en disant : « Entre Bruxelles et Washington, quelle est la marge de manœuvre de, disons, au hasard, François Hollande ? Est-ce qu’il commencerait à réaliser la situation et faudrait-il expliquer ainsi son escale rapide à Moscou en revenant d’Astana ? Ou est-ce que je continue à prendre mes désirs pour des réalités ?... »
Aujourd’hui, je dirais que l’évolution, sinon des évènements, en tout cas des prises de positions me permet de continuer à espérer.
Deux grandes lignes semblent se dessiner clairement maintenant dans l’Union Européenne. D’un côté Mme. Merkel qui veut tenir fermement la ligne des sanctions. De l’autre un président français qui déclare que « Les sanctions doivent être levées s'il y a des progrès. S'il n'y a pas de progrès, les sanctions demeureront ». François Hollande faisait allusion à la réunion des présidents au format « Normandie » initialement prévue à Astana le 15 janvier. Ce à quoi la chancelière allemande répondait : "Je pense qu'il faut que nous puissions voir mise en oeuvre la totalité des accords de Minsk pour que nous puissions dire que l'on peut lever ces sanctions". Les circonstances de cette déclaration ne sont pas anodines, puisque Mme. Merkel l’a fait à Berlin, au cours d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.
Nous avons donc, d’un côté la chancelière allemande qui fonctionne en parallèle du pouvoir Ukrainien et le président français qui fait savoir que le régime des sanctions commence à lui peser.
Voyons d’abord le côté allemand. Il y a quelques mois, on se posait la question des motivations de Mme. Merkel. J’ai discuté il y a un peu plus d’un mois avec un diplomate russe qui connaît bien l’Union Européenne et la France en particulier. Pour lui, il ne faisait aucun doute que la position de la chancelière est celle de quelqu’un qui se sent prête à diriger l’Union Européenne. Pour cela, elle a besoin d’affirmer sa propre ligne. Que cette ligne corresponde, pour le moment, à la ligne américaine est un bonheur collatéral. Mais il serait erroné de penser qu’elle « roule » pour les Etats-Unis. Le moment venu elle prendra de l’indépendance, sans aller, bien sûr à la rupture ce que son électorat n’accepterait pas. D’ailleurs elle ne le veut pas elle-même. Ce qui lui importe c’est de prendre un peu de distance pour asseoir son autorité sur l’Union Européenne.
Si on relit les principales déclarations de Mme. Merkel ces derniers mois, cette analyse semble confirmée par la réalité. Elle parle désormais au « nom de l’Union Européenne ». D’autre part, l’Allemagne est à la recherche de solutions pour protéger les acquis de sa population dont la moyenne d’âge augmente plus rapidement que dans d’autres pays européens. L’Ukraine avec son marché de plus de 45 millions d’habitants et une force de travail bon marché serait une solution tentante, même si, pour cela, il faut, au moins temporairement, s’allier à un gouvernement dans lequel figurent en bonne place un certain nombre de néonazis.
Mais la classe politique allemande ne fait pas bloc derrière la chancelière sur ce sujet. Beaucoup s’en faut. Les milieux économiques ne sont pas satisfaits non plus. Il est difficile de dire combien de temps Mme. Merkel pourra imposer ses vues concernant les sanctions à ces partenaires intérieurs. Certains pensent même dans les milieux anglo saxons, qu’elle ne survivra pas, politiquement, aux problèmes qu’elle aura à régler cette année.
Du côté français, la situation est en train d’évoluer, au moins en apparence. Mais les relations internationales sont aussi faites de signaux et d’apparences.
Le président français semble, à présent,  désireux de prendre au moins certaines distances avec la politique allemande dans ce domaine, faute d’avoir le courage de le faire sur les questions économiques ou celle de la gouvernance de l’Union Européenne. Il peut légitimement espérer faire taire une partie de ses critiques en s’opposant à la direction allemande dans un domaine ou il ne risque pas de devoir apparaître comme celui qui a mis en cause la construction européenne telle qu’elle est aujourd’hui où la zone euro.
D’autre part, il peut compter sur le soutien de la Russie dans ce type de politique. Mais surtout, les attentats récents à Paris on changé l’ambiance générale. Le rôle que pourrait jouer la Russie, expert reconnu internationalement de la lutte contre le terrorisme est un argument fort qui pourrait changer durablement l’image de ce pays dans les médias.
Ainsi donc, on l’a vu rendre visite au président Russe à son retour du Kazakhstan. Puis il a fait des déclarations apaisantes comme celle où il explique que la Russie ne veut pas envahir l’Ukraine, « le président Poutine me l’a dit ». Il a accepté de participer à une réunion au Kazakhstan avec la Russie, l’Ukraine et l’Allemagne (le format dit « de Normandie » par référence à la rencontre qui a eu lieu lors des cérémonies de commémoration du débarquement) en juin. Il y avait mis une condition de bon sens, « qu’il y ait des chances que cette rencontre soit productive », c’était le moins. Cette réunion a été reportée suite à une séance de préparation qui a eu lieu il y a quelques jours à Berlin. Ceci n’est pas le fait de la France, mais plutôt du côté ukrainien. On peut y voir la main des Etats-Unis qui ne verraient pas d’un bon œil un accord qui n’arrange pas leur politique actuelle d’agression vers la Russie et auquel, injure suprême, ils n’auraient pas participé.
On notera au passage que ceci est bien la manifestation de ce qui se passe en coulisse dans un pays qui est maintenant contrôlé et même effectivement dirigé par la CIA et le département d’état. On citera à titre d’exemple, la nomination, par le président ukrainien, au poste de ministre des finances, de Natalie Jaresko, une Américaine d'origine ukrainienne qui a travaillé pour le département d'Etat américain et pour un fonds d'investissement ukrainien financé par le Congrès des Etats-Unis. Comme cela semblait tout de même un peu étonnant, la porte parole du dit département d’état, Marie Harf, a affirmé, sans rire, que les Etats-Unis «n'avaient rien à voir du tout avec cela. C'est le choix du peuple ukrainien et de leurs représentants élus». On est prié de la croire…
Cela n’enlève rien, bien au contraire, à la volonté du président français de sortir de l’impasse actuelle qui commence à coûter cher aux différentes économies européennes. D’autant que, si la France prend maintenant la tête du mouvement, ses relations diplomatiques et les intérêts des entreprises françaises en Russie s’en trouveront renforcés.
Réaction de la Russie, comme en réponse à ces ouvertures françaises encore timides, on envoie une lettre demandant à la France de déclarer officiellement sa position en ce qui concerne la livraison des deux navire de type « Mistral ». Les médias officiels, dont on sait pour qui ils « roulent » on présenté cela comme une mise en demeure avant une action en justice. J’y vois, tout au contraire, une offre d’apaisement. D’autant que, de son côté, le ministre adjoint russe de la Défense Youri Borissov a déclaré : « Nous serions satisfaits quelle que soit l'issue – les Mistral ou le remboursement de l'argent investi ». Ceci ne sonne pas comme une mise en demeure, mais plutôt comme « annoncez votre choix, nous l’acceptons d’avance ». Il faut dire aussi que la Russie est bien placée pour se montrer compréhensive dans ce domaine. Elle a été, elle-même, dans la position de la France en 2010 quand elle a refusé de livrer à l’Iran, des missiles S300 commandés et payés par ce pays.
Peu de jours après, l’ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert, donnait une interview au quotidien « Kommersant » dans laquelle il déclarait notamment : « Nous ne voulons pas accepter la rupture, le fait que la Russie s’éloigne de l’Europe ou l’Europe de la Russie. Le concept d’Eurasie ne me gêne pas, c’est une réalité. La Russie est un pont entre l’Europe et l’Asie, et, bien sûr, la Russie fait partie de l’Europe ».
Chacun sait qu’un ambassadeur ne fait jamais ce genre de commentaires de son propre chef. Il suit à la lettre les instructions qui lui sont données par le Quai d’Orsay. On mesure donc l’importance de telles déclarations. D’autant que ce n’est pas une première en ce qui concerne Jean-Maurice Ripert. Il avait déjà déclaré, il y a environ deux mois, lors d’un voyage en province à Sverdlovsk, « Nous espérons sortir de ce cycle des sanctions dans un avenir proche. Et nous sommes venus ici pour nous préparer au moment, où il sera possible de mettre intégralement en œuvre la machine de la coopération franco-russe ».
Ainsi donc, un mouvement de fond commence qui pourrait, s’il allait à son terme, changer complètement la donne dans les relations entre la France et la Russie, la France et l’Europe et donc l’Europe et la Russie. Et tout ceci à l’initiative de la France et, en particulier de son président. François Hollande y retrouverait un poids qui pourrait lui permettre de relancer une carrière politique que tout le monde s’accordait il n’y a pas longtemps à considérer comme virtuellement terminée. Voilà pour la motivation personnelle et égoïste. Espérons que cela ne soit pas la seule et, d’ailleurs, il a matière à se sentir motivé par l’avenir de la France.
Comme je le mentionnais plus haut, Mme. Merkel se comporte maintenant comme le vrai patron de l’Union Européenne. Jusqu’à une période récente, l’Union Européenne c’était, pour simplifier, l’économie de l’Allemagne avec la voix de la France. Maintenant, c’est l’économie de l’Allemagne avec la voix de l’Allemagne. Si François Hollande ne fait rien, avant la fin de son mandat, la France, avec ses difficultés économiques sera devenu un membre de seconde classe de l’Union Européenne.
Il y a donc urgence, mais il peut compter sur l’aide de la Russie. La Russie apportera son aide pour deux raisons. La première, plutôt sentimentale, mais forte, est le passé des relations franco-russes qui ont plus de mille ans et sont restées fortes même à l’époque de la guerre froide. Dans une récente émission sur une radio russe, qui réunissait Kyrill Koktish, professeur associé à l’Ecole Nationale des Relations Internationales de Moscou et Dmitri Yakushkine, un expert indépendant, ce dernier remarquait : « ceci me rappelle le rôle que la France a essayé de jouer dans les années 60. Elle cherchait à retrouver sa gloire d’avant guerre en se positionnant comme un pays entre l’Est et l’Ouest. A cette époque, l’Urss faisait preuve de beaucoup de retenue dans ses critiques envers la France. »
La deuxième raison est que, ayant une vue large de la situation de crise actuelle, la Russie peut mieux en analyser les causes et les trajectoires. En France, la réflexion est polluée, comme bloquée par la communication haineuse de médias dégoulinants « d’anti poutinisme » et « d’anti russisme ». Nous traversons une phase pendant laquelle il devient possible de redistribuer les cartes, d’établir un nouveau rapport de force entre l’Eurasie et le monde occidental. La Russie sait que la France pourrait être un partenaire idéal pour atteindre ces fins. Son histoire montre qu’elle est sans doute le pays le plus qualifié pour jouer ce rôle d’arbitre sans lequel il sera difficile de régler les différentes crises actuelles.
Le Russie moderne a su aussi se construire une image d’intermédiaire fiable dans certaines régions du monde où la France est moins présente. Dans l’émission de radio citée plus haut, Kyrill Koktish, remarquait : « Si le président Hollande parvient à construire un pont entre l’Union Européenne et l’Union Eurasiatique, lui et la France serait de grands gagnants, car l’Europe retournerait à la tradition intellectuelle française, sans laquelle cette Europe serait un pays sans esprit ».
La France a besoin de croire à nouveau en elle. La meilleure façon de lui redonner cette confiance serait de lui redonner sa place dans la diplomatie mondiale. La confiance retrouvée ne règlerait évidemment pas les problèmes intérieurs (économie, immigration, etc.) mais créerait la seule ambiance propice au règlement « à la française » de ces problèmes.

mercredi 7 janvier 2015

Saurons-nous sortir des sanctions contre la Russie ?


La question mérite d’être posée au moment où François Hollande semble prendre un virage plus conciliant vis à vis de Moscou. J’attends la réaction de l’Allemagne avant de me réjouir. D’autre part, les Etats-Unis qui sont à l’origine de ces sanctions ont mis un demi siècle à reconnaître que celles qu’ils appliquaient à Cuba étaient sans effet, ou plutôt n’ont pas produit les effets escomptés. Espérons que l’Union Européenne sera plus rapide. Il en va d’ailleurs de sa propre survie.
Ce que nous faisons aux autres en dit long sur ce que nous sommes. Cette phrase est un détournement du dicton « Ce que nous disons des autres en dit plus long sur nous-mêmes que sur les autres ». Elle me semble bien s’appliquer à la situation présente.
Je reviens d’un voyage en Ukraine et en Russie. J’ai passé le nouvel an chez des amis en banlieue de Moscou, et, nous nous sommes remémoré nos expériences des années 90. On ne le sait pas en Europe, ou on ne veut pas le savoir, mais la « période Eltsine » a été celle du chaos économique, politique et social à l’intérieur. A l’extérieur, ça a été celle de l’humiliation. Mes amis me rappelaient les visites de Michel Camdessus à Moscou quand la Russie vivait sous perfusion du FMI et de la Banque Mondiale. Les crises se sont succédées à cette époque. Notre hôte expliquait, à mon avis avec juste raison, qu’ « il y a plus d’expérience de la gestion des crises en Russie que dans n’importe quel autre pays européen ».
Cet élément est essentiel pour comprendre les réactions russes face à la crise actuelle, la chute du rouble et celle des prix du pétrole. Je remarquerais en passant que la chute du rouble amortit fortement celle des prix de l’or noir et ne l’aggrave pas comme semblent le penser certains de mes confrères.
Quel est le l’objectif des pays qui ont « décidé » les sanctions contre la Russie ? Officiellement, cela va de « faire comprendre à Moscou que son comportement en Crimée est inacceptable », à « provoquer un changement politique dans le pays », avec des nuances entre ces deux extrêmes.
Les sanctions sont supposées faire mal. Elle doivent provoquer un mal insupportable, et elle ont été calibrées en fonction de ce que les Occidentaux seraient prêts à supporter (c’est logique), mais la limite en Russie est beaucoup plus haute.
Il y a deux points sur lesquels les Occidentaux se trompent, leurs dirigeants, en tout cas. Le premier,  c’est que le peuple russe peut supporter des choses qui briseraient la volonté d’autres pays.
Le second c’est que la culture russe accorde une grande importance au groupe. Les spécialistes des relations interculturelles parlent de « communautarisme ». Ainsi, plus on appliquera de pression sur eux, plus les Russes feront bloc, et ils feront bloc autour de leurs dirigeants. On l’a vu depuis quelques mois, après l’agression occidentale contre la Russie, via l’Ukraine, la cote de popularité de Vladimir Poutine qui oscillait autour des soixante pour cent est rapidement passée au delà de quatre vingt pour cent.
Alors, il y a peut-être un point de rupture, un point au delà duquel le soutien au président baisserait au lieu d’augmenter. C’est ce que semble croire Barak Obama. Personnellement, j’en doute et l’histoire confirme mon impression. Mais même si ce point de rupture existe, il est forcément au delà du point de rupture des Occidentaux. Car les sanctions ne pénalisent pas seulement la Russie, mais les pays européens aussi, les statistiques le montrent clairement maintenant. L’Europe est en train de jouer sa survie, mais on ne le lui dit pas. La France joue son avenir, mais on lui cache.
Les sanctions sont destinées à faire mal. Nous décidons donc les sanctions en fonction de ce qui nous fait mal. Dans quel domaine a-t-on choisi d’appliquer ces sanctions ? Dans le domaine de l’économie et de la finance (des voyages aussi, mais c’est anecdotique).
Cela montre que les Occidentaux sont tellement habitués à vivre l’économie comme le centre de leur univers, qu’instinctivement c’est là qu’ils frappent. Ils oublient simplement que pour d’autres, dans d’autres pays, l’homme est toujours le centre de leur univers. Chez eux l’économie est au service de l’homme, et pas le contraire. Les rapports humains viennent avant les relations financières. Que l’économie aille moins bien n’est pas l’essentiel. Et puis, cela va passer. Les temps changeront comme le temps changera.
La nature des sanctions décidées est une nouvelle preuve que l’homme est oublié, dans les pays occidentaux, où l’économie a été mise au centre des préoccupations. Nous voyons tous les jours les dégâts que provoque cette approche. Mais on ne fait pas le lien entre les différents éléments du problème.
La conséquence de cela est que les pays Occidentaux ne sont pas prêts, psychologiquement à abandonner le système des sanctions. Abandonner ce système, c’est reconnaître que, dès le départ, on s’est trompé. Et il ne s’agit pas d’une erreur de détail, mais d’une erreur essentielle. Les Russes se moqueraient-ils de l’état de leur économie ? Une telle réaction, est la marque d’une autre erreur d’appréciation qui tient au point de vue occidental, à sa vision de la réalité qui n’est pas la réalité.  Alors, au début ils n’y croient pas, c’est impossible, se moquer de son économie ! Bien sûr les Russes se préoccupent d’économie, ils ont des statistiques économiques, et ils consomment, mais ce n’est pas le centre de leur vie.
Admettre cela, c’est admettre que d’autres pays, et pas des moindres, ne pensent pas comme eux et sont malgré tout heureux (allez voir les Russes chez eux en ce moment, rien ne semble avoir changé, sauf peut-être chez les mangeurs compulsifs de camembert, mais il y en a très peu…).
Les Russes qui dans les années 90 rêvaient de ressembler aux Etats-Unis ou aux pays de l’Union Européenne ont découvert ce qu’étaient ces pays et que leur façon de vivre ne leur convenait pas. Ils ont tourné leurs recherches existentielles vers eux-mêmes et leur Est, bien avant 2014. Ils ont aussi pris la mesure de l’incapacité de l’Union Européenne à gérer la crise économique et financière qui n’en finit pas depuis 2008/09. Cette prise de conscience s'est produite dans le courant de 2013 et c’est pour cela qu’ils se sont alors tournés vers les pays des BRICS.
La prise de conscience de l’inefficacité des sanctions sur la population russe serait une excellente occasion pour les Européens de réaliser qu’il y a une vie hors de l’économie et de la consommation.
La France n’est pas la Russie, c’est une évidence. La France devrait-elle copier la Russie ? Pas non plus. Mais la France devrait tirer de l’observation de la Russie un exemple à suivre. La Russie demande qu’on la laisse vivre sa différence et que chaque pays traite les autres pays comme des égaux, souverains et libre de vivre leur différence chez eux.
Ce serait l’occasion pour la France de redevenir ce qu’elle est, hors des schémas qui lui sont imposés de l’étranger. La France n’a jamais été aussi grande que quand elle était elle-même. Elle se cherche aujourd’hui car elle s’est perdue. Elle se sent envahie par des étrangers parce qu’elle ne sait plus qui elle est. Se retrouver, ce n’est pas un recul, un retour en arrière, c’est accepter sa différence et, par voie de conséquence celle des autres. C’est à ce prix qu’elle retrouvera la possibilité de vivre harmonieusement avec des gens qui ne sont pas comme elle. Quand elle saura de nouveau qui elle est.

jeudi 1 janvier 2015

Les « Mistral », un problème franco-français


L’année 2014 aura été riche en évènements. Les jeux Olympiques de Sochi, tant critiqués par les médias internationaux qui se sont soldés par un double succès pour la Russie, sur le plan de l’organisation et sur celui des médailles. Les grincheux de tous bords se sont accrochés au coût soi-disant exorbitant de l’organisation, en prenant soin de ne pas faire la différence entre les coûts directs de l’organisation et les travaux d’infrastructure.
Malheureusement, il y a eu aussi la reprise de la guerre en Irak, l’épidémie de fièvre hémorragique « Ebola », et, bien sûr, plus près de nous, le coup d’état en Ukraine et la guerre civile qui s’en suivit faisant plus de quatre mille cinq cent morts dont beaucoup de civils, d’innombrables blessés, des déplacés et des destructions énormes. Le pays ne s’en remettra qu’au prix d’efforts incroyables. Des efforts qui, d’ailleurs, pèseront sur le portefeuille des Européens, donc le nôtre. Je me prends à rêver à un système qui permettrait de faire payer par les  dirigeants le prix de leurs erreurs ! Car en Ukraine également, qui paye le plus lourd tribu au chaos organisé par les dirigeants locaux avec le soutien de l’Union Européenne et des Etats Unis ? La population, bien sûr, qui pourtant n’est pour rien ou presque dans ce qui s’est passé.
On a beaucoup parlé aussi, en particulier en France, de la vente des navires Mistral, enfin surtout de leur livraison, car, curieusement, c’est la livraison qui a fait couler le plus d’encre. Mais l’élément déclencheur était bien la vente, non ? En août 2008, le président Sarkozy, alors président de l’Union Européenne intervenait dans le conflit entre la Russie et la Géorgie à la satisfaction générale, et en particulier à celle de la Russie. Il ne se laissait, en effet, pas impressionner par la propagande américaine ni celle de certains pays européens prétendant que la Russie avait attaqué son pauvre voisin, alors que l’assaillant était effectivement, la Géorgie, ce qu’une enquête de l’Union Européenne devait confirmer plus tard. Pour le remercier de son intervention, la Russie décidait de commander deux navires ce qui réglait un problème grave aux chantiers navals de Saint Nazaire. Je ne me souviens pas avoir entendu à l’époque de réactions négatives. Sauf, peut-être en Russie ou un bon nombre de militaires expliquaient que de tels navires ne correspondaient pas à la doctrine d’emploi de la marine russe. Ils n’ont pas été entendus du côté russe car il s’agissait aussi d’un acte politique qui visait à resserrer les liens entre la Russie et la France dans un domaine hautement stratégique, celui de la défense.
Mais en 2014, l’offensive contre la Russie était lancée par les Etats-Unis, via l’Otan et l’Union Européenne, par l’intermédiaire du coup d’état orchestré en Ukraine. Alors, il devenait impensable qu’un pays membre de l’Otan puisse livrer du matériel militaire à « l’ennemi ». On remarquera que c’est le même Nicolas Sarkozy qui a signé le contrat de vente des Mistral et qui a ramené la France dans le commandement intégré de l’Otan, rendant impossible la livraison de ce qu’il avait contribué à vendre…
Depuis quelques mois, les commentaires vont bon train. Livrer, ne pas livrer, tous les « grands esprits » de la politique française, ou presque ont donné leur avis, ce qui ne contribue évidemment pas à la clarté des débats. Du côté russe également, les commentaires se sont multipliés. Une fois la poussière des mouvements retombée, que reste-t-il ? On a parlé de pénalités astronomiques en cas de non livraison. Où en sommes-nous ? Le côté russe ne demande, en fait, que le remboursement des sommes versées. « Rendez-nous notre argent et gardez vos navires. Ils sont parfaitement adaptés à la doctrine d’emploi de la marine française qui n’est pas la nôtre et, en plus, ils sont extrêmement vulnérables, ce qui implique une organisation tactique particulière qui n’est pas non plus la nôtre ».
Le manquement à la parole ? Les Russes sont bien placé pour évaluer cet argument à sa juste valeur, eux qui ont renoncé, en septembre 2010, par décision du président de l’époque, Dimitri Medvedev, à livrer à l’Iran cinq batteries de missiles S300 pourtant dûment commandées et payées. Après des réactions enflammées, un accord a été trouvé comme un accord sera trouvé avec la France. Quelle influence cela aura-t-il sur la « signature française » au niveau international ? Sans doute beaucoup moins que ne veulent le dire des journalistes avides de sensations et qui ne connaissent pas grand chose à ce sur quoi ils prétendent avoir un avis.
Que reste-t-il de tout cela ? La France reste avec deux navires dont elle n’a pas besoin, des navires qu’il lui sera difficile de vendre ailleurs car ils ont été construits suivant des normes spécifiques au client initial et un constructeur privé qu’il va bien falloir indemniser. Avec quel argent ? Vous connaissez la réponse comme moi. Tâchez de vous en souvenir en 2017 ! Nous voilà donc, avec un problème franco-français.
Le plus important, à mon avis, n’est pas ce problème d’épicier. Le plus important est ce que la crise Ukrainienne a provoqué et que je n’ai pas vu soulevé par mes « chers confrères ». Il me faut admettre, ici, que je les lis de moins en moins et donc une éventuelle réaction de ce type a pu m’échapper. Le plus important donc c’est que maintenant, l’Europe ne peut plus faire semblant d’être indépendante. Elle ne l’était pas, c’est évident, mais elle pouvait toujours essayer de faire croire le contraire. Depuis l’affaire des Mistral, mais surtout depuis les sanctions décidées sous la pression des Etats-Unis et dont on a maintenant la preuve qu‘elles pénalisent l’Europe autant que le Russie, sinon plus, il n’est plus possible de prétendre que l’Europe a une politique indépendante des Etats-Unis. Mais le pire, c’est que maintenant le monde entier le sait, en particulier la Chine et la Russie. Et l’Europe sait que la Chine et la Russie le savent…
Vous pouvez imaginer comment vont se passer les réunions internationales en 2015 ? Les dirigeants européens avaient déjà abdiqué leurs responsabilités au profit de l’Union Européenne. « Je ne peux pas prendre ces décisions car elles vont à l’encontre des règlements européens ». Maintenant, j’ai admis que je ne pouvais pas non plus prendre de décisions sans l’approbation des Etats-Unis. Entre Bruxelles et Washington, quelle est la marge de manœuvre de, disons, au hasard, François Hollande ?
Est-ce qu’il commencerait à réaliser la situation et faudrait-il expliquer ainsi son escale rapide à Moscou en revenant d’Astana ? Ou est-ce que je continue à prendre mes désirs pour des réalités ?...

lundi 8 décembre 2014

Entrevue HOLLANDE - POUTINE à Moscou !


La nouvelle est tombée samedi matin : le président français va rencontre Vladimir Poutine à Moscou ! Bien entendu, pas question de transformer Moscou en Canossa, donc on y va « en passant ». On s’arrêtera en revenant du Kazakhstan. Mais c’est quand-même un événement important, même si, officiellement on cherche tout de même à en minimiser la valeur symbolique.
Inutile sans doute de préciser que cet événement me ravit. La France est peut-être en train de chercher à renouer les fils du dialogue. Si ce pas en avant n’est pas suivi, comme souvent de deux pas en arrière, cela voudra dire que les dirigeants français ont enfin compris que notre pays ne peut exister que dans la mesure où il sera une voix indépendante. Il y a bien longtemps que ces dirigeants auraient du avoir un petit coup d’œil dans le rétroviseur et auraient du tenir compte des leçons de l’histoire.
La France n’est pas faite pour se dissoudre dans des coalitions quelles qu’elles soient. La France ne peut exister que dans un certain isolement intellectuel. Elle n’est pas faite, évidemment, pour dominer le monde, elle n’en a plus les moyens depuis bien longtemps. Elle doit seulement chercher à rester, en toutes circonstances, la voix de la raison. Pour cela elle doit protéger jalousement son indépendance.
Bon, revenons sur terre ! Cette visite à elle seule ne justifie pas, bien sûr, une telle envolée. De plus, le passé récent, nous a appris que ce genre d’initiatives était souvent suivi d’un mouvement inverse d’intensité équivalente ou supérieure. L’avenir proche nous dira si nous venons d’assister à la naissance d’une position nouvelle ou s’il s’agit seulement de la réaction d’un dominé qui n’a pas encore totalement accepté la domination qui lui est imposée.
En effet, quelle est la raison d’une telle initiative ? La situation a-t-elle évolué depuis deux semaines ? Les sanctions on-t-elles eu ces effets miraculeux que l’on nous promet depuis plus de six mois ? La position de la Russie à propos de l’Ukraine a-t-elle évolué ? Pour ce qui est de la dernière question, la réponse est non. La Russie ne veut pas d’une Ukraine dans l’Otan, elle ne veut pas non plus d’une Ukraine choisissant une appartenance exclusive à l’Union Européenne. Mais qui le veut, en vérité ? L’Allemagne et la France ont exprimé, il y a des mois, leur opposition à une entrée dans l’Otan. L’Europe n’a pas les moyens, notamment financiers, d’accueillir l’Ukraine, et elle le sait. Elle continue seulement avec un incroyable cynisme à laisser croire aux Ukrainiens qu’ils vont bientôt intégrer ce nouveau paradis sur terre. Jacques Sapir évoquait dans une analyse sur son blog ce matin une entrée éventuelle, « dans vingt ans ou plus ».
L’Europe persiste à jouer le jeu stérile et dangereux qui lui est imposé par son maître, un maître dont l’objectif principal est d’empêcher la naissance sur le continent européen d’une puissance susceptible de lui faire concurrence. Dans le même temps, on continue à « négocier » en toute discrétion l’accord transatlantique qui devrait parachever l’asservissement des pays européens. Un accord transatlantique dont les populations ne veulent pas et que mes confrères russes appellent maintenant « l’Otan économique ».
Mais ailleurs, il y a eu des changements. Et quels changements ! Tout d’abord, la diplomatie russe et son président, ne cachent plus le mépris que leur inspirent les comportements des pays européens. Cette nouvelle attitude a d’autant plus choqué que, jusque là, tout le monde s’étonnait de la « prudence » des réactions du président russe. Certains y voyaient une forme de crainte, d’autres, une sorte de renoncement, les premiers pour s’en réjouir (vous voyez, les sanctions ça marche), les autres pour le déplorer (Vladimir Poutine abandonne nos frères russes d’Ukraine). Ces deux analyses se sont révélées fausses et les deux derniers discours importants de Vladimir Poutine ont sonné pour veux qui rêvaient comme un réveil brutal.
A Sochi, tout d’abord, lors de la dernière réunion du Club de Valdaï (où j’ai d’ailleurs eu le plaisir de rencontre Ivan Blot, ancien député français). Le président russe a accusé les USA d’avoir un comportement de « nouveau riche » peu responsable et il a, au contraire,  appelé au dialogue. Pour lui, « ceux qui prônent les révolutions de couleur et autres « changements de régime », n’ont pas tiré les leçons d’un 20ème siècle révolutionnaire qui a fait couler le sang au nom du romantisme de la création d’un prétendu « homme nouveau ». Au nom de l’homme nouveau, fasciste, communiste ou cosmopolite au nom de droits de l’homme manipulés, on se donne la permission d’opprimer l’homme réel. »
Suis-je conservateur, s’est ensuite demandé le président russe ? Avant de répondre immédiatement : « oui je le suis ! Mais ce conservatisme n’est pas synonyme de repli sur soi, mais de respect des traditions, des religions traditionnelles et de l’héritage historique. »
Ce thème a été repris et développé dans le discours de Vladimir Poutine devant les parlementaires russes au début de ce mois : "Une famille saine et une nation saine, les valeurs traditionnelles que nous avons héritées de nos ancêtres, assorties de l'aspiration à l'avenir, la stabilité, comme condition du progrès, le respect des autres peuples et Etats en garantissant la sécurité de la Russie et en défendant ses intérêts légitimes, telles sont nos priorités".
On retrouve ensuite la présentation de la situation internationale vue de Moscou et des objectifs de la Russie. En résumé : vous pouvez vivre comme bon vous semble, mais ne rêvez pas de nous imposer vos vues où ce que vous appelez des « valeurs ». Nous sommes hors de votre portée. "Personne n'arrivera à obtenir une suprématie militaire sur la Russie. Nous avons une armée moderne, apte au combat, une armée "courtoise", comme on dit aujourd'hui, mais redoutable. Nous avons suffisamment de forces, de volonté et de courage pour défendre notre liberté".
La suite du discours est l’expression du peu d’estime que la diplomatie russe semble maintenant avoir pour les pays européens. Vladimir Poutine parle tout d’abord des Etats-Unis avec ironie : "Ce n'est pas par hasard que j'ai mentionné nos amis américains car ils influencent toujours d'une manière directe ou indirecte nos relations avec nos voisins, au point que parfois on ne sait pas à qui parler: aux gouvernements de certains pays ou directement à leur protecteurs américains".
Parallèlement à cette attitude de distance froide, la Russie n’est pas restée inactive. Elle est membre de la plupart des organisations internationales asiatiques et, en particulier, de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) qui regroupe déjà la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan[1]. Elle a renforcé ses liens économiques avec la Chine, de façon spectaculaire dans le domaine du gaz, mais également dans la coopération militaire. La Chine de son côté a modifié sa position officielle après le G20 de Brisbane où des diplomates chinois ont fait part de leur réprobation face à la façon dont le président russe a été traité par les principaux pays occidentaux.
Curieusement, et ce n’est, à mon avis, certainement pas un hasard, c’est après cette rencontre que M. Gui Congyou, directeur de la zone « Europe et Asie centrale » au ministère chinois des affaires étrangères a déclaré, repris par « Itar-Tass », mais, bien sûr, pas par le New York Times : «“We should take a very careful and well-considered attitude to tackling nationalities’ issues. We are against any nationality gaining independence through referendums. As far as Crimea is concerned, it has very special features. We know well the history of Crimea’s affiliation[2].” Ceci ressemble fort, pour moi, à une reconnaissance « à la chinoise » du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie.
A quelques jours de là, Serguei Lavrov insistait sur le volet « technologies de pointe » que prenait également la coopération russo-chinoise. Un domaine dans lequel la Corée du Sud a également fait part de sa volonté de coopération après avoir rejeté les pressions visant à lui faire adopter les sanctions antirusses.
Cette semaine, Vladimir Poutine va effectuer une visite officielle en Inde. L’ambassadeur d’Inde en Russie donnait à cette occasion, comme il est de tradition, une interview aux médias russes. Il y déclarait, notamment : «  Il y a des possibilités très intéressantes de développer notre coopération économique vers un niveau correspondant aux complémentarités de nos deux pays dans ce domaine. (…) Ce sommet donnera à nos deux dirigeants la possibilité de coordonner leurs visions du développement de notre partenariat stratégique et privilégié, pour les années à venir. »
Parmi les possibilités de développement des liens bilatéraux, l’ambassadeur indien mentionnait la défense, l’énergie nucléaire, l’espace, le commerce et les investissements, les sciences et la technologie, la santé, l’éducation, les médias et la culture.
Rappelons que l’Inde fait partie des « états observateurs » de l’Organisation de Coopération de Shanghai, au même titre, d’ailleurs, que l’Afghanistan, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan. L’année prochaine, la Russie prendra la présidence tournante de l’OCS et on attend l’entrée de l’Inde et du Pakistan comme membres de plein droit.
On ne parle pas, pour le moment, de l’entrée de l’Iran, mais Moscou est sur le point de signer avec Téhéran un accord de livraison de pétrole iranien contre des produits agricoles et manufacturés russes. Washington par la bouche de l’inénarrable Mme Psaki a d’ailleurs promis des sanctions supplémentaires contre la Russie si cela se produisait (« faire toujours la même chose, en espérant à chaque fois obtenir un résultat différent ! » on connaît cette définition qu’Albert Einstein donnait de la folie).
Enfin, dernier événement en date, la Russie renonce au projet de gazoduc « South Stream », projet combattu depuis des mois par l’Union Européenne, sur la base du fameux « troisième paquet énergétique » dont certains pensent qu’il a été mis en place spécialement pour contrer le projet russe et qui empêche un producteur de gaz d’être également le propriétaire du tube par lequel il livre ce gaz.
L’annonce a été faite, ce n’est pas un hasard à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine en Turquie. Elle s’est accompagnée de l’annonce de la construction d’un autre gazoduc vers la Turquie cette fois avec prévision de livraison (l’accord définitif n’est pas encore signé) de 63 milliards de mètres cube, dont 14 milliards iront à la Turquie. Le reste ira vers une usine de liquéfaction située face à la Grèce et où les acheteurs pourront venir se servir.
Cette décision fait suite également à la prise de position de la Bulgarie qui a finalement cédé aux pressions américano-européennes et a refusé le passage de South Stream sur son territoire, renonçant par là à des droits de passage estimés à quelques quatre cent millions de dollars par an. Pour ceux qui connaissent l’histoire de la région, il est particulièrement significatif que cette décision ait été annoncée depuis la Turquie. En effet, la Russie et la Bulgarie sont des nations slaves, liées par la même culture orthodoxe et en 1877, la Russie a aidé la Bulgarie à s’émanciper du joug… ottoman.
Remarquons également que la Turquie fait partie des « états partenaires de discussion » de l’OCS, de même que la Biélorussie et le Sri Lanka.
Ainsi donc, alors que les médias occidentaux ne cessent de parler de l’isolement de la Russie et des conséquences néfastes des sanctions, une observation neutre de la situation fait apparaître tout le contraire. Il était temps que la diplomatie française en tienne compte, dans l’intérêt du pays. Après tout, s’il est parfaitement légitime que M. Obama pense en priorité aux intérêts des Etats-Unis, le président français a été élu, lui, pour défendre du mieux possible les intérêts de la France.
Espérons que M. Hollande ne soit pas pris maintenant du vertige de celui qui, dans un élan de courage inhabituel, a osé faire un pas en avant et qui a soudain l’impression de se trouver au dessus du vide, et que son prochain mouvement ne soit pas en direction de ces soi-disant « alliés » qui ne se veulent que des « maîtres ».
Car, et on se demande si les deux évènements sont liés, Mme. Merkel a pris hier une position particulièrement agressive vis à vis de la Russie. Dans une interview à l’hebdomadaire allemand « Welt am Sonntag », elle affirme que Moscou « n'hésite pas à bafouer l'intégrité territoriale des pays voisins » et ajoute même qu’elle serait prête à participer à un conflit armé avec la Russie expliquant : « qu'en cas de conflit armé entre la Russie, d'un côté, et l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie de l'autre, l'Otan accorderait aux pays baltes une assistance militaire, comme prévu par les engagements dans le cadre de l'Alliance. » Se rend-elle compte de ce que de tels propos ont de dangereux dans la bouche d’une personne ayant ses responsabilités ?
Je ne parviens pas encore à m’expliquer le retournement de position de Mme. Merkel vis à vis de la Russie, mais je partage tout à fait le sentiment de Philippe Grasset qui écrivait récemment : « Aucun élément nouveau décisif, dans les trois ou quatre derniers mois, ne paraît devoir justifier le revirement de Merkel exprimé dans des termes si dramatiques et alarmistes, et encore moins l’expliquer. » D’où la tentation d’expliquer ce revirement violemment antirusse par d’autres moyens et, pourquoi pas comme le fait ce même Philippe Grasset, par : «  la thèse évoquée épisodiquement ici et là selon laquelle les USA disposent d’un moyen de pression personnel et direct sur la chancelière et qui est de moins en moins jugée comme aléatoire ou farfelue. Ce moyen de pression peut aller aussi bien de documents récupérés de l’ex-RDA, par exemple des archives de la Stasi, que de certaines affirmations et confidences de la chancelière interceptées par la NSA. »
Quoi qu’il en soit, une fois n’est pas coutume, je suis ravi de l’initiative prise par le président français, parce que c’est une initiative qui va à la fois dans le sens d’un honneur retrouvé de notre pays, et dans le sens du dialogue, si nécessaire dans un environnement ou, par faiblesse, les Etats-Unis et leurs vassaux privilégient la voie de la violence et refusent celle du dialogue.


[1] Elle a été créée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les présidents de ces six pays.
[2] « Nous devrions adopter une attitude prudente et réfléchie en ce qui concerne les questions de nationalités. Nous sommes opposés à l’accession à l’indépendance par réferrendum de quelque nationalité que ce soit. Mais en ce qui concerne la Crimée, il s’agit d’une situation très spéciale. Nous sommes tout à fait au courant de l’histoire des affiliations de la Crimée. »