dimanche 8 février 2015
Ukraine : un voyage pas vraiment rassurant
Après les rencontres de Kiev et Moscou, les discussions entre Angela Merkel et François Hollande avec Petro Poroshenko d’abord, puis Vladimir Poutine, nous attendons tous des éclaircissements ce soir. Une solution durable à cette crise peut-elle être trouvée ?
Mon optimisme naturel me pousse à penser que oui. Cependant les déclarations de ces dernières vingt quatre heures ne sont pas très encourageantes.
Hier, dans une interview à un quotidien italien, Federica Mogherini déclarait : « Sans le soutien politique, financier et militaire du Kremlin, les séparatistes n'auraient jamais pu faire ce qu'ils font. Ainsi, Poutine dispose d'instruments permettant de résoudre ce problème. »
Peut-être, mais on pourrait aussi dire : « Sans le soutien politique, financier et militaire de l’Union Européenne, le gouvernement de Kiev n'aurait jamais pu faire ce qu'il fait. Ainsi, l’Union Européenne dispose d'instruments permettant de résoudre ce problème. »
Ou encore : « Sans le soutien politique, financier et militaire des Etats-Unis, le gouvernement de Kiev n'aurait jamais pu faire ce qu'il fait. Ainsi, les Etats-Unis disposent d'instruments permettant de résoudre ce problème. »
Première remarque : que le « Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » rejette ainsi, à priori, la responsabilité de la résolution de la crise sur la Russie ne me semble pas de bonne augure quand au moins trois parties devraient œuvrer de concert.
Ensuite, va-t-on ou non livrer des armes à l’Ukraine. Pour le moment, l’Union Européenne dit non, pas question. Deux jours avant, le Wall Street Journal expliquait que les Etats-Unis étudiaient la possibilité de le faire pour des armes, soi disant « défensives » (incroyable subtilité). La visite de John Kerry était aussitôt interprétée comme une préparation à ces livraisons. L’Union Européenne est contre et les Etats-Unis sont pour. Alors, livrera, livrera pas ? Mais à Munich, on apprenait par la bouche du même John Kerry que "Permettez-moi de rassurer tout le monde: il n'y aucune divergence entre les Etats-Unis et l'Europe. Nous sommes solidaires en ce qui concerne l'absence de solution militaire en Ukraine, et nous sommes unis dans nos efforts diplomatiques".
Deuxième remarque : à qui faire confiance ? Par le passé, lorsqu’un dirigeant américain expliquait « nous sommes solidaires », cela voulait dire, le plus souvent, « le point de vue américain a fait l’unanimité »… Donc on négocie en préparant les livraisons d’armes que l’on ne livrera pas si Vladimir Poutine se range à notre point de vue. C’est la nouvelle méthode de négociation née de l’illusion d’un monde unipolaire et du providentialisme américain. Une méthode qui tient plus de l’ultimatum que de la diplomatie. Qui peut croire que Vladimir Poutine va radicalement changer de position aujourd’hui après la visite du « duo de charme » de l’Union Européenne ?
Dernier point qui n’est guère rassurant non plus, selon François Hollande, il s’agissait de la « négociation de la dernière chance ». Animé d’un tel optimisme, comment être convainquant ? Les affaires internationales sont d’un ordre légèrement différent de la recherche de compromis au sein du parti socialiste français. Hélas !
En attendant, on se bat toujours en Ukraine de l’est et les pertes sont certainement supérieures à ce que l’on nous raconte. Selon l’édition du week-end du Frankfurter Allgemeine, "Les services spéciaux allemands évaluent à 50.000 le nombre des victimes parmi les militaires et civils ukrainiens. Ce chiffre est dix foix supérieur aux informations officielles, qui ne sont pas crédibles".
jeudi 5 février 2015
Ukraine : il y a urgence !
Nous apprenions ce matin
que François Hollande et Angela Merkel se rendaient cet après midi à Kiev et
demain à Moscou pour présenter aux présidents Poutine et Poroshenko un plan de
paix préparé par les diplomaties française et allemande.
Cela ressemble à la
réaction de Nicolas Sarkozi en août 2008. Mais là, le président français était
allé à Moscou d’abord puis à Tbilissi. La suite d’action a évidemment un sens.
Mais tout ceci ne ressemble pas beaucoup à l’actuel président français ni à la
chancelière allemande.
Alors quoi ? Que
cache cet empressement ? A mon avis, il cherche à cacher que nous sommes à
la veille d’un tournant important. Un tournant qui pourrait mettre l’ensemble
de l’Europe dans une situation très grave, bien plus grave que la situation
actuelle.
Sur le terrain en Ukraine
de l’Est, les troupes gouvernementales sont en grande difficulté. Après avoir
perdu l’aéroport de Donetsk, point stratégique d’où les troupes de Kiev
pouvaient bombarder la ville, un très gros contingent est sur le point d’être
totalement encerclé dans la « poche de Debaltsevo » un nouveau
« chaudron » comme l’appellent les force sur le terrain qui
s’inspirent de la dénomination allemande. L’armée de Kiev a de nouveau commis
une erreur tactique comme elle en avait déjà commis deux cet été.
Les troupes
gouvernementales sont très mal en point et sur le point de connaître un nouveau
revers majeur. Les raisons en sont nombreuses. Le commandement a fait la preuve
d’une telle incompétence que les « conseiller étrangers » ont été
obligé de quitter leurs bureaux de Kiev pour aller sur le terrain, où l’un
d’eux s’est d’ailleurs fait « piéger » par une chaîne de télévision
(un combattant en uniforme ukrainien mais qui ne parle que l’anglais). Les
soldats ukrainiens ont un très mauvais moral. On les oblige à tuer des
compatriotes pour des motifs qui ne leur sont pas très clairs, dans une guerre
qu’ils sont de plus en plus nombreux à considérer que ce n’est pas leur guerre.
Face à eux, ils ont des
volontaires qui se battent sur leur terre, dans leur région et qui sont certains
de leur bon droit. Mineurs ou ouvrier sidérurgistes, ils sont habitués à des
conditions de vie très difficiles. Même la population qui souffre, qui paye un
lourd tribut à la guerre, continue à les soutenir.
On nous rebat les
oreilles de l’intervention russe dans le Donbass. Un général ukrainien a pourtant
reconnu il y a quelques jours qu’ils n’avaient jamais eu devant eux de soldats
de l’armée russe. Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’aide en provenance de la
Russie voisine ? Ne soyons pas naïfs. Bien sûr il y a des volontaires qui
viennent de Russie, et d’ailleurs aussi. Des Français, par exemple. Nous sommes
face à une guerre par procuration entre les Etats-Unis et la Russie. Les deux
camps bénéficient de soutiens extérieurs.
Le problème principal est
donc de savoir qui a commencé et à qui tout cela profite. Les médias
occidentaux font porter la responsabilité du conflit sur la Russie. Mais
récemment, George Friedman, le fondateur et directeur de Stratfor, une société
d’analyse géopolitique surnommée la « CIA privée » aux Etats-Unis, a
déclaré dans une interview au quotidien russe Kommersant (le 21 décembre
2014) : « La Russie définit l’événement qui a eu lieu au début de
cette année [en février 2014] comme un coup d’Etat organisé par les USA.
Et en vérité, ce fut le coup [d’État] le plus flagrant dans l’histoire.»
Cette position sera confirmée (très
prudemment il est vrai) par Barak Obama qui déclare à Fareed Zakaria, de
CNN dans une interview du 31 janvier dernier : « (…) Mr. Poutine prit sa décision concernant la Crimée et l’Ukraine, non pas
selon un projet de grande stratégie mais parce qu’il avait été pris de cours
par les protestations du Maidan suivies de la fuite de Ianoukovitch après que
nous ayons arrangé un accord de transition de gouvernement en Ukraine... »
On me demande souvent ce
que veut Vladimir Poutine dans cette affaire. Pour une fois, je ne donnerai pas
ma réponse mais celle, encore lui, de Georges Friedman que l’on ne peut soupçonner
de « Poutinisme primaire » : « Au début de cette année [2014],
il existait en Ukraine un gouvernement assez pro-russe mais très faible.
Cette situation convenait parfaitement à la Russie: après tout, la Russie ne
voulait pas contrôler complètement l’Ukraine ni l’occuper; il était suffisant
pour elle que l’Ukraine ne rejoignît ni l’OTAN ni l’UE. Les autorités russes ne
peuvent tolérer une situation où des forces militaires occidentales seraient
stationnées à une centaine de kilomètres de Koursk ou de Voronezh. »
Rien de bien nouveau
jusque là, si ce n’est que les forces de Kiev sont sur le point de perdre la
partie sur le terrain, ou sont, au minimum, en grande difficulté. D’autant que
la mobilisation lancée par Petro Poroshenko n’a pas trouvé beaucoup de
candidats, c’est le moins que l’on puisse dire.
Comme à son habitude, le
président ukrainien en appelle donc à ses protecteurs américains (ceux qui ont,
comme mentionné plus haut « arrangé un accord de transition de
gouvernement en Ukraine »). Et cette fois, la réaction semble plus empressée.
John Kerry est à Kiev pour discuter de la livraison d’armes et les Etats-Unis publient
le nouveau rapport Brookings, une institution présidée par Strobe Talbott,
co-signé par d’anciens ambassadeurs, un ex-secrétaire d’état à la défense, des
généraux et des amiraux. Le titre de ce rapport : "Conserver l'indépendance de l'Ukraine, résister à l'agression
russe : ce que doivent faire les Etats-Unis et l'Otan". Il est
disponible ici.
Il préconise de fournir annuellement un milliard de dollars en aide militaire
cette année et les deux années suivantes. Il conseille également de fournir de
l'assistance létale aux forces armées ukrainiennes, et de « demander »
aux autres pays de l’Otan de faire de même.
Tout se passe comme si,
ayant compris que leur plan initial en Ukraine avait fait long feu, les Etats-Unis
avaient décidé de créer un nouveau chaos aux portes de la Russie avant de se
retirer, comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises dans d’autres pays. A ce
propos, Georges Friedman expliquait dans l’interview cité plus haut : « Le
point central, l’argument fondamental, c’est que l’intérêt stratégique des USA
est d’empêcher la Russie de devenir hégémonique. » Quelle meilleure façon que de faire entrer l’Ukraine
dans l’Otan ? Voilà pour le « Plan A ». Il apparaît
maintenant que ce plan risque fort de ne pas fonctionner. Reste alors le « Plan
B », créer une situation inextricable qui gâchera pour longtemps toute
possibilité d’entente entre l’Union Européenne et la Russie.
Mais
c’est l’Union Européenne qui devra ensuite gérer cette crise. Une crise qui
promet d’être longue et dévastatrice. Car qui sait ce que va faire la Russie en
cas de livraison d’armes à l’Ukraine ? Elle ne peut pas ne pas réagir. A
nous de gérer tout cela ensuite. Voilà pourquoi il y a urgence à agir avant qu’il
ne soit trop tard. Je souhaite à Angel Merkel et François Hollande des trésors
de diplomatie et de persuasion.
lundi 2 février 2015
Des centaines de milliers de mercenaires de l’Otan en Ukraine
Pour cacher quelque
chose, il n’y a pas de meilleure moyen que de la laisser en pleine vue ! C’est
ce que font les Etats-Unis et l’Otan en Ukraine. Si, en plus, on a une machine
de propagande fonctionnant à plein régime, le succès est (presque) assuré.
Robert Parry (https://consortiumnews.com), le
journaliste d’investigation américain connu, qui dénonce la propagande
américaine est parfois déstabilisé par la puissance de cette propagande. Il dit
à propos d’une récent article de l’économiste américain Paul Krugman : « que
même des gens intelligents comme Paul Krugman puissent accepter la propagande à
propos de la crise ukrainienne me fait hésiter entre le désespoir de voir un
jour l’Amérique comprendre les problèmes du monde et l’émerveillement à propos
de la puissance de cette propagande et sa capacité à fabriquer sa propre
réalité. »
“When
even smart people like economist Paul Krugman buy into the false narrative
about the Ukraine crisis, it’s hard to decide whether to despair over the
impossibility of America ever understanding the world’s problems or to marvel
at the power of the U.S. political/media propaganda machine to manufacture its
own reality.”
On ne lit pas,
évidemment, ce genre de choses dans la presse officielle française.
La machine de propagande,
on en connaît les éléments principaux. En tête, Victoria Nuland assistante
secrétaire d’état qui dirige les opérations en Europe pour le compte du département
d’état. Les services secrets américains aussi. On en parle peu, mais ils
disposent de tout un étage dans le bâtiment des services secrets ukrainiens à
Kiev. L’Otan évidemment dont le secrétaire général déclarait encore samedi dans
une interview au Figaro : « La Russie viole les règles (du droit international) et les frontières de
ses voisins ». Sans parler des fonctionnaires de l’Union Européenne dont
l’activité principale semble être devenu la préparation de sanctions contre la
Russie, des élus du Parlement Européen qui prônent le dialogue mais excluent
les interlocuteurs qui ne leur conviennent pas, ni des gouvernements Polonais,
Estonien, Letton et Lituanien. La liste pourrait être plus longue, nous nous
arrêterons là.
Les médias
officiels français et européens ouvrent largement leurs colonnes à ceux-là. En
revanche, quand une opinion dissonante vient du « camp d’en face » on
ne la mentionne pas ou seulement pour la tourner en dérision. Aujourd’hui, dans
le camp occidental on ne discute plus avec ceux qui ne sont pas de votre avis.
On les discrédite, on les « démonise », on les exclut. Plus de
diplomatie, des ultimatums.
Alors quand le « grand
méchant Vladimir » déclare que les volontaires du Donbass combattent non
pas l’armée de Kiev mais une armée de mercenaires de l’Otan, ou pouffe !
Mais qu’est-ce qu’il raconte donc ?
Il dit simplement
la vérité. Le Larousse nous donne la définition suivante du mot
« mercenaire » : « Soldat qui sert à prix d'argent un
gouvernement étranger. » Les deux expressions importantes sont « à
prix d’argent » et « gouvernement étranger ».
Les armées de Kiev
servent-elles le gouvernement démocratiquement élu de l’Ukraine, ou les
intérêts des citoyens ukrainiens ? Je ne reviendrai pas sur la qualité
« démocratique » du gouvernement Poroshenko, c’est un autre sujet.
Mais en tout cas, cette armée ne sert pas les intérêts du pays. Il n’y a qu’à
voir la situation économique dans laquelle il se débat et qui est aggravée par la
guerre. L’Ukraine a besoin, au plus vite, de rétablir la paix sur l’ensemble de
son territoire. Un gouvernement qui sabote les discussions de Minsk et qui
proclame la mobilisation générale par étapes n’est pas un gouvernement qui
cherche à rétablir la paix. D’autant que dans le même temps où il proclame ses « intentions
pacifiques », il réclame armes et argent à ses sponsors étrangers.
Et si encore, il
n’y avait que l’armée régulière. Mais un certains nombre de bataillons ont été
formés qui sont financés par des oligarques ukrainiens soucieux de protéger leurs intérêts
économiques régionaux. On ne les a pas encore beaucoup vu et entendu, mais si
Kiev venait à rechercher véritablement un accord de paix avec le Donbass, ils
entreraient certainement en scène. Qu’ils s’appellent “Donbass”, “Secteur
droit”, “Azov” ou encore “Kharkiv-1” ces bataillons répondent bien à la définition de
« mercenaires ».
Mais alors, me
direz-vous, s’ils ne défendent pas les intérêts de l’Ukraine, quels intérêts défendent-ils
donc ? L’Otan n’est pas en guerre
contre la Russie, voyons !
En êtes-vous sûr ?
Avez-vous entendu Victoria Nuland en voyage d’inspection…, oh, pardon « en
visite amicale » dans une unité de gardes frontières ukrainiens près de
Kiev, le 28 janvier, déclarer : « …
urged NATO to install command and control centers in all six frontline states”.
En Français, cela donnerait : « l’Otan
doit installer des centres de commandement et de contrôle dans les six états de
la LIGNE DE FRONT !... » S’il y a ligne de front, c’est bien qu’il y
a guerre, au moins dans l’esprit de Victoria Nuland, et de la plupart des
néo-cons américains ! Une guerre entre les Etats-Unis et la Russie. Mais
une guerre que les américains peuvent nier puisqu’il n’y a pas de soldats
réguliers américains sur le terrain. La méthode a déjà été souvent employée, en
Amérique du Sud, par exemple. On appelle cela des guerres par procuration. Les
combattants sont des mercenaires.
Et par qui les
mercenaires combattant en Ukraine sont-ils payés ? La même Victoria Nuland
nous a déjà expliqué il y a un an que les Etats-Unis avaient « investi »
cinq milliards de dollars dans les « aspirations des Ukrainiens à la
démocratie ». Les fonds continuent à arriver de la même source, mais aussi,
de l’Union Européenne et même du FMI
dont les statuts prévoient pourtant qu’il ne peut pas prêter d’argent à un pays
en guerre.
Les soldats de
Kiev servent donc des intérêts qui ne sont pas ceux de leur pays et ils sont
payé par des pays étrangers. Je sais, le paiement n’est pas direct, mais celui
qui paie la solde n’est qu’un relai pour celui qui donne effectivement l’argent,
non ?
C’est sans doute
pour cela que Vladimir Poutine a parlé de mercenaires de l’Otan et non,
simplement de mercenaires américains, pour tenir compte de la diversité des
sources de financement qui toutes, cependant, viennent de pays appartenant à l’Otan.
vendredi 16 janvier 2015
Russie : François Hollande persiste, va-t-il signer ?
Je concluais un précédent
article en disant : « Entre Bruxelles et Washington, quelle
est la marge de manœuvre de, disons, au hasard, François Hollande ? Est-ce qu’il commencerait à réaliser la situation
et faudrait-il expliquer ainsi son escale rapide à Moscou en revenant
d’Astana ? Ou est-ce que je continue à prendre mes désirs pour des
réalités ?... »
Aujourd’hui, je dirais
que l’évolution, sinon des évènements, en tout cas des prises de positions me permet
de continuer à espérer.
Deux grandes lignes
semblent se dessiner clairement maintenant dans l’Union Européenne. D’un côté
Mme. Merkel qui veut tenir fermement la ligne des sanctions. De l’autre un
président français qui déclare que « Les sanctions doivent être levées
s'il y a des progrès. S'il n'y a pas de progrès, les sanctions
demeureront ». François Hollande faisait allusion à la réunion
des présidents au format « Normandie » initialement prévue à Astana le 15 janvier. Ce à
quoi la chancelière allemande répondait : "Je pense qu'il faut que
nous puissions voir mise en oeuvre la totalité des accords de Minsk pour que
nous puissions dire que l'on peut lever ces sanctions". Les circonstances
de cette déclaration ne sont pas anodines, puisque Mme. Merkel l’a fait à
Berlin, au cours d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre
ukrainien Arseni Iatseniouk.
Nous avons donc, d’un
côté la chancelière allemande qui fonctionne en parallèle du pouvoir Ukrainien
et le président français qui fait savoir que le régime des sanctions commence à
lui peser.
Voyons d’abord le côté
allemand. Il y a quelques mois, on se posait la question des motivations de
Mme. Merkel. J’ai discuté il y a un peu plus d’un mois avec un diplomate russe
qui connaît bien l’Union Européenne et la France en particulier. Pour lui, il
ne faisait aucun doute que la position de la chancelière est celle de quelqu’un
qui se sent prête à diriger l’Union Européenne. Pour cela, elle a besoin
d’affirmer sa propre ligne. Que cette ligne corresponde, pour le moment, à la
ligne américaine est un bonheur collatéral. Mais il serait erroné de penser
qu’elle « roule » pour les Etats-Unis. Le moment venu elle prendra de
l’indépendance, sans aller, bien sûr à la rupture ce que son électorat
n’accepterait pas. D’ailleurs elle ne le veut pas elle-même. Ce qui lui importe
c’est de prendre un peu de distance pour asseoir son autorité sur l’Union
Européenne.
Si on relit les
principales déclarations de Mme. Merkel ces derniers mois, cette analyse semble
confirmée par la réalité. Elle parle désormais au « nom de l’Union
Européenne ». D’autre part, l’Allemagne est à la recherche de solutions
pour protéger les acquis de sa population dont la moyenne d’âge augmente plus
rapidement que dans d’autres pays européens. L’Ukraine avec son marché de plus
de 45 millions d’habitants et une force de travail bon marché serait une
solution tentante, même si, pour cela, il faut, au moins temporairement,
s’allier à un gouvernement dans lequel figurent en bonne place un certain
nombre de néonazis.
Mais la classe politique
allemande ne fait pas bloc derrière la chancelière sur ce sujet. Beaucoup s’en
faut. Les milieux économiques ne sont pas satisfaits non plus. Il est difficile
de dire combien de temps Mme. Merkel pourra imposer ses vues concernant les
sanctions à ces partenaires intérieurs. Certains pensent même dans les milieux
anglo saxons, qu’elle ne survivra pas, politiquement, aux problèmes qu’elle aura
à régler cette année.
Du côté français, la
situation est en train d’évoluer, au moins en apparence. Mais les relations
internationales sont aussi faites de signaux et d’apparences.
Le président français
semble, à présent, désireux de prendre au
moins certaines distances avec la politique allemande dans ce domaine, faute
d’avoir le courage de le faire sur les questions économiques ou celle de la
gouvernance de l’Union Européenne. Il peut légitimement espérer faire taire une
partie de ses critiques en s’opposant à la direction allemande dans un domaine
ou il ne risque pas de devoir apparaître comme celui qui a mis en cause la
construction européenne telle qu’elle est aujourd’hui où la zone euro.
D’autre part, il peut
compter sur le soutien de la Russie dans ce type de politique. Mais surtout,
les attentats récents à Paris on changé l’ambiance générale. Le rôle que
pourrait jouer la Russie, expert reconnu internationalement de la lutte contre
le terrorisme est un argument fort qui pourrait changer durablement l’image de
ce pays dans les médias.
Ainsi donc, on l’a vu
rendre visite au président Russe à son retour du Kazakhstan. Puis il a fait des
déclarations apaisantes comme celle où il explique que la Russie ne veut
pas envahir l’Ukraine, « le président Poutine me l’a dit ». Il a
accepté de participer à une réunion au Kazakhstan avec la Russie, l’Ukraine et
l’Allemagne (le format dit « de Normandie » par référence à la
rencontre qui a eu lieu lors des cérémonies de commémoration du débarquement)
en juin. Il y avait mis une condition de bon sens, « qu’il y ait des
chances que cette rencontre soit productive », c’était le moins. Cette
réunion a été reportée suite à une séance de préparation qui a eu lieu il y a
quelques jours à Berlin. Ceci n’est pas le fait de la France, mais plutôt du
côté ukrainien. On peut y voir la main des Etats-Unis qui ne verraient pas d’un
bon œil un accord qui n’arrange pas leur politique actuelle d’agression vers la
Russie et auquel, injure suprême, ils n’auraient pas participé.
On notera au passage que
ceci est bien la manifestation de ce qui se passe en coulisse dans un pays qui
est maintenant contrôlé et même effectivement dirigé par la CIA et le
département d’état. On citera à titre d’exemple, la nomination, par le
président ukrainien, au poste de ministre des finances, de Natalie Jaresko, une Américaine d'origine ukrainienne qui
a travaillé pour le département d'Etat américain et pour un fonds
d'investissement ukrainien financé par le Congrès des Etats-Unis. Comme cela
semblait tout de même un peu étonnant, la porte parole du dit département
d’état, Marie Harf, a affirmé, sans rire, que les Etats-Unis «n'avaient rien
à voir du tout avec cela. C'est le choix du peuple ukrainien et de leurs
représentants élus». On est prié de la croire…
Cela n’enlève rien, bien
au contraire, à la volonté du président français de sortir de l’impasse actuelle
qui commence à coûter cher aux différentes économies européennes. D’autant que,
si la France prend maintenant la tête du mouvement, ses relations diplomatiques
et les intérêts des entreprises françaises en Russie s’en trouveront renforcés.
Réaction de la Russie,
comme en réponse à ces ouvertures françaises encore timides, on envoie une
lettre demandant à la France de déclarer officiellement sa position en ce qui
concerne la livraison des deux navire de type « Mistral ». Les médias
officiels, dont on sait pour qui ils « roulent » on présenté cela
comme une mise en demeure avant une action en justice. J’y vois, tout au
contraire, une offre d’apaisement. D’autant que, de son côté, le ministre adjoint russe de la Défense Youri Borissov a
déclaré : « Nous
serions satisfaits quelle que soit l'issue – les Mistral ou le remboursement de
l'argent investi ». Ceci
ne sonne pas comme une mise en demeure, mais plutôt comme « annoncez votre
choix, nous l’acceptons d’avance ». Il faut dire aussi que la Russie est
bien placée pour se montrer compréhensive dans ce domaine. Elle a été,
elle-même, dans la position de la France en 2010 quand elle a refusé de livrer
à l’Iran, des missiles S300 commandés et payés par ce pays.
Peu de jours
après, l’ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert, donnait une interview au quotidien
« Kommersant » dans laquelle il déclarait notamment : « Nous
ne voulons pas accepter la rupture, le fait que la Russie s’éloigne de l’Europe
ou l’Europe de la Russie. Le concept d’Eurasie ne me gêne pas, c’est une
réalité. La Russie est un pont entre l’Europe et l’Asie, et, bien sûr, la
Russie fait partie de l’Europe ».
Chacun sait qu’un
ambassadeur ne fait jamais ce genre de commentaires de son propre chef. Il suit
à la lettre les instructions qui lui sont données par le Quai d’Orsay. On
mesure donc l’importance de telles déclarations. D’autant que ce n’est pas une
première en ce qui concerne Jean-Maurice Ripert. Il avait déjà déclaré, il y a environ deux mois, lors d’un voyage en province à Sverdlovsk,
« Nous espérons sortir de ce
cycle des sanctions dans un avenir proche. Et nous sommes venus ici pour nous
préparer au moment, où il sera possible de mettre intégralement en œuvre la
machine de la coopération franco-russe ».
Ainsi donc, un mouvement de fond commence qui pourrait, s’il allait à son
terme, changer complètement la donne dans les relations entre la France et la
Russie, la France et l’Europe et donc l’Europe et la Russie. Et tout ceci à
l’initiative de la France et, en particulier de son président. François
Hollande y retrouverait un poids qui pourrait lui permettre de relancer une
carrière politique que tout le monde s’accordait il n’y a pas longtemps à
considérer comme virtuellement terminée. Voilà pour la motivation personnelle
et égoïste. Espérons que cela ne soit pas la seule et, d’ailleurs, il a
matière à se sentir motivé par l’avenir de la France.
Comme je le mentionnais plus haut, Mme. Merkel se comporte maintenant comme
le vrai patron de l’Union Européenne. Jusqu’à une période récente, l’Union
Européenne c’était, pour simplifier, l’économie de l’Allemagne avec la voix de
la France. Maintenant, c’est l’économie de l’Allemagne avec la voix de
l’Allemagne. Si François Hollande ne fait rien, avant la fin de son mandat, la
France, avec ses difficultés économiques sera devenu un membre de seconde classe
de l’Union Européenne.
Il y a donc urgence, mais il peut compter sur l’aide de la Russie. La
Russie apportera son aide pour deux raisons. La première, plutôt sentimentale,
mais forte, est le passé des relations franco-russes qui ont plus de mille ans
et sont restées fortes même à l’époque de la guerre froide. Dans une récente
émission sur une radio russe, qui réunissait Kyrill Koktish, professeur associé
à l’Ecole Nationale des Relations Internationales de Moscou et Dmitri
Yakushkine, un expert indépendant, ce dernier remarquait : « ceci me
rappelle le rôle que la France a essayé de jouer dans les années 60. Elle
cherchait à retrouver sa gloire d’avant guerre en se positionnant comme un pays
entre l’Est et l’Ouest. A cette époque, l’Urss faisait preuve de beaucoup de
retenue dans ses critiques envers la France. »
La deuxième raison est que, ayant une vue large de la situation de crise
actuelle, la Russie peut mieux en analyser les causes et les trajectoires. En
France, la réflexion est polluée, comme bloquée par la communication haineuse
de médias dégoulinants « d’anti poutinisme » et « d’anti
russisme ». Nous traversons une phase pendant laquelle il devient possible de
redistribuer les cartes, d’établir un nouveau rapport de force entre l’Eurasie
et le monde occidental. La Russie sait que la France pourrait être un
partenaire idéal pour atteindre ces fins. Son histoire montre qu’elle est sans
doute le pays le plus qualifié pour jouer ce rôle d’arbitre sans lequel il sera
difficile de régler les différentes crises actuelles.
Le Russie moderne a su aussi se construire une image d’intermédiaire fiable
dans certaines régions du monde où la France est moins présente. Dans
l’émission de radio citée plus haut, Kyrill Koktish, remarquait :
« Si le président Hollande parvient à construire un pont entre l’Union
Européenne et l’Union Eurasiatique, lui et la France serait de grands gagnants,
car l’Europe retournerait à la tradition intellectuelle française, sans laquelle
cette Europe serait un pays sans esprit ».
La France a besoin de croire à nouveau en elle. La meilleure façon de lui
redonner cette confiance serait de lui redonner sa place dans la diplomatie
mondiale. La confiance retrouvée ne règlerait évidemment pas les problèmes
intérieurs (économie, immigration, etc.) mais créerait la seule ambiance
propice au règlement « à la française » de ces problèmes.
mercredi 7 janvier 2015
Saurons-nous sortir des sanctions contre la Russie ?
La question mérite d’être
posée au moment où François Hollande semble prendre un virage plus conciliant
vis à vis de Moscou. J’attends la réaction de l’Allemagne avant de me réjouir.
D’autre part, les Etats-Unis qui sont à l’origine de ces sanctions ont mis un
demi siècle à reconnaître que celles qu’ils appliquaient à Cuba étaient sans
effet, ou plutôt n’ont pas produit les effets escomptés. Espérons que l’Union
Européenne sera plus rapide. Il en va d’ailleurs de sa propre survie.
Ce que nous faisons aux
autres en dit long sur ce que nous sommes. Cette phrase est un détournement du
dicton « Ce que nous disons des autres en dit plus long sur nous-mêmes que
sur les autres ». Elle me semble bien s’appliquer à la situation présente.
Je reviens d’un voyage en
Ukraine et en Russie. J’ai passé le nouvel an chez des amis en banlieue de
Moscou, et, nous nous sommes remémoré nos expériences des années 90. On ne le
sait pas en Europe, ou on ne veut pas le savoir, mais la « période
Eltsine » a été celle du chaos économique, politique et social à
l’intérieur. A l’extérieur, ça a été celle de l’humiliation. Mes amis me
rappelaient les visites de Michel Camdessus à Moscou quand la Russie vivait
sous perfusion du FMI et de la Banque Mondiale. Les crises se sont succédées à
cette époque. Notre hôte expliquait, à mon avis avec juste raison, qu’ « il
y a plus d’expérience de la gestion des crises en Russie que dans n’importe
quel autre pays européen ».
Cet élément est essentiel
pour comprendre les réactions russes face à la crise actuelle, la chute du
rouble et celle des prix du pétrole. Je remarquerais en passant que la chute du
rouble amortit fortement celle des prix de l’or noir et ne l’aggrave pas comme
semblent le penser certains de mes confrères.
Quel est le l’objectif
des pays qui ont « décidé » les sanctions contre la Russie ?
Officiellement, cela va de « faire comprendre à Moscou que son
comportement en Crimée est inacceptable », à « provoquer un
changement politique dans le pays », avec des nuances entre ces deux
extrêmes.
Les sanctions sont
supposées faire mal. Elle doivent provoquer un mal insupportable, et elle ont
été calibrées en fonction de ce que les Occidentaux seraient prêts à supporter
(c’est logique), mais la limite en Russie est beaucoup plus haute.
Il y a deux points sur
lesquels les Occidentaux se trompent, leurs dirigeants, en tout cas. Le premier,
c’est que le peuple russe peut supporter
des choses qui briseraient la volonté d’autres pays.
Le second c’est que la
culture russe accorde une grande importance au groupe. Les spécialistes des
relations interculturelles parlent de « communautarisme ». Ainsi, plus
on appliquera de pression sur eux, plus les Russes feront bloc, et ils feront
bloc autour de leurs dirigeants. On l’a vu depuis quelques mois, après
l’agression occidentale contre la Russie, via l’Ukraine, la cote de popularité
de Vladimir Poutine qui oscillait autour des soixante pour cent est rapidement
passée au delà de quatre vingt pour cent.
Alors, il y a peut-être
un point de rupture, un point au delà duquel le soutien au président baisserait
au lieu d’augmenter. C’est ce que semble croire Barak Obama. Personnellement,
j’en doute et l’histoire confirme mon impression. Mais même si ce point de
rupture existe, il est forcément au delà du point de rupture des Occidentaux.
Car les sanctions ne pénalisent pas seulement la Russie, mais les pays
européens aussi, les statistiques le montrent clairement maintenant. L’Europe
est en train de jouer sa survie, mais on ne le lui dit pas. La France joue son
avenir, mais on lui cache.
Les sanctions sont
destinées à faire mal. Nous décidons donc les sanctions en fonction de ce qui
nous fait mal. Dans quel domaine a-t-on choisi d’appliquer ces sanctions ?
Dans le domaine de l’économie et de la finance (des voyages aussi, mais c’est
anecdotique).
Cela montre que les
Occidentaux sont tellement habitués à vivre l’économie comme le centre de leur
univers, qu’instinctivement c’est là qu’ils frappent. Ils oublient simplement
que pour d’autres, dans d’autres pays, l’homme est toujours le centre de leur
univers. Chez eux l’économie est au service de l’homme, et pas le contraire. Les
rapports humains viennent avant les relations financières. Que l’économie aille
moins bien n’est pas l’essentiel. Et puis, cela va passer. Les temps changeront
comme le temps changera.
La nature des sanctions
décidées est une nouvelle preuve que l’homme est oublié, dans les pays
occidentaux, où l’économie a été mise au centre des préoccupations. Nous voyons
tous les jours les dégâts que provoque cette approche. Mais on ne fait pas le
lien entre les différents éléments du problème.
La conséquence de cela
est que les pays Occidentaux ne sont pas prêts, psychologiquement à abandonner
le système des sanctions. Abandonner ce système, c’est reconnaître que, dès le
départ, on s’est trompé. Et il ne s’agit pas d’une erreur de détail, mais d’une
erreur essentielle. Les Russes se moqueraient-ils de l’état de leur
économie ? Une telle réaction, est la marque d’une autre erreur
d’appréciation qui tient au point de vue occidental, à sa vision de la réalité
qui n’est pas la réalité. Alors, au
début ils n’y croient pas, c’est impossible, se moquer de son économie !
Bien sûr les Russes se préoccupent d’économie, ils ont des statistiques
économiques, et ils consomment, mais ce n’est pas le centre de leur vie.
Admettre cela, c’est
admettre que d’autres pays, et pas des moindres, ne pensent pas comme eux et
sont malgré tout heureux (allez voir les Russes chez eux en ce moment, rien ne
semble avoir changé, sauf peut-être chez les mangeurs compulsifs de camembert,
mais il y en a très peu…).
Les Russes qui dans les
années 90 rêvaient de ressembler aux Etats-Unis ou aux pays de l’Union Européenne
ont découvert ce qu’étaient ces pays et que leur façon de vivre ne leur
convenait pas. Ils ont tourné leurs recherches existentielles vers eux-mêmes et
leur Est, bien avant 2014. Ils ont aussi pris la mesure de l’incapacité
de l’Union Européenne à gérer la crise économique et financière qui n’en finit
pas depuis 2008/09. Cette prise de conscience s'est produite dans le courant de 2013 et c’est pour cela qu’ils se sont alors tournés vers les pays des
BRICS.
La prise de conscience de
l’inefficacité des sanctions sur la population russe serait une excellente
occasion pour les Européens de réaliser qu’il y a une vie hors de l’économie et
de la consommation.
La France n’est pas la
Russie, c’est une évidence. La France devrait-elle copier la Russie ? Pas non
plus. Mais la France devrait tirer de l’observation de la Russie un exemple à
suivre. La Russie demande qu’on la laisse vivre sa différence et que chaque
pays traite les autres pays comme des égaux, souverains et libre de vivre leur
différence chez eux.
Ce serait l’occasion pour
la France de redevenir ce qu’elle est, hors des schémas qui lui sont imposés de
l’étranger. La France n’a jamais été aussi grande que quand elle était
elle-même. Elle se cherche aujourd’hui car elle s’est perdue. Elle se sent
envahie par des étrangers parce qu’elle ne sait plus qui elle est. Se
retrouver, ce n’est pas un recul, un retour en arrière, c’est accepter sa
différence et, par voie de conséquence celle des autres. C’est à ce prix
qu’elle retrouvera la possibilité de vivre harmonieusement avec des gens qui ne
sont pas comme elle. Quand elle saura de nouveau qui elle est.
jeudi 1 janvier 2015
Les « Mistral », un problème franco-français
L’année 2014 aura été
riche en évènements. Les jeux Olympiques de Sochi, tant critiqués par les
médias internationaux qui se sont soldés par un double succès pour la Russie,
sur le plan de l’organisation et sur celui des médailles. Les grincheux de tous
bords se sont accrochés au coût soi-disant exorbitant de l’organisation, en
prenant soin de ne pas faire la différence entre les coûts directs de
l’organisation et les travaux d’infrastructure.
Malheureusement, il y a eu
aussi la reprise de la guerre en Irak, l’épidémie de fièvre hémorragique
« Ebola », et, bien sûr, plus près de nous, le coup d’état en Ukraine
et la guerre civile qui s’en suivit faisant plus de quatre mille cinq cent morts
dont beaucoup de civils, d’innombrables blessés, des déplacés et des
destructions énormes. Le pays ne s’en remettra qu’au prix d’efforts
incroyables. Des efforts qui, d’ailleurs, pèseront sur le portefeuille des
Européens, donc le nôtre. Je me prends à rêver à un système qui permettrait de
faire payer par les dirigeants le prix
de leurs erreurs ! Car en Ukraine également, qui paye le plus lourd tribu
au chaos organisé par les dirigeants locaux avec le soutien de l’Union
Européenne et des Etats Unis ? La population, bien sûr, qui pourtant n’est
pour rien ou presque dans ce qui s’est passé.
On a beaucoup parlé aussi,
en particulier en France, de la vente des navires Mistral, enfin surtout de
leur livraison, car, curieusement, c’est la livraison qui a fait couler le plus
d’encre. Mais l’élément déclencheur était bien la vente, non ? En août 2008,
le président Sarkozy, alors président de l’Union Européenne intervenait dans le
conflit entre la Russie et la Géorgie à la satisfaction générale, et en
particulier à celle de la Russie. Il ne se laissait, en effet, pas
impressionner par la propagande américaine ni celle de certains pays européens
prétendant que la Russie avait attaqué son pauvre voisin, alors que
l’assaillant était effectivement, la Géorgie, ce qu’une enquête de l’Union Européenne
devait confirmer plus tard. Pour le remercier de son intervention, la Russie
décidait de commander deux navires ce qui réglait un problème grave aux
chantiers navals de Saint Nazaire. Je ne me souviens pas avoir entendu à
l’époque de réactions négatives. Sauf, peut-être en Russie ou un bon nombre de
militaires expliquaient que de tels navires ne correspondaient pas à la
doctrine d’emploi de la marine russe. Ils n’ont pas été entendus du côté russe
car il s’agissait aussi d’un acte politique qui visait à resserrer les liens
entre la Russie et la France dans un domaine hautement stratégique, celui de la
défense.
Mais en 2014, l’offensive
contre la Russie était lancée par les Etats-Unis, via l’Otan et l’Union
Européenne, par l’intermédiaire du coup d’état orchestré en Ukraine. Alors, il
devenait impensable qu’un pays membre de l’Otan puisse livrer du matériel
militaire à « l’ennemi ». On remarquera que c’est le même Nicolas
Sarkozy qui a signé le contrat de vente des Mistral et qui a ramené la France
dans le commandement intégré de l’Otan, rendant impossible la livraison de ce
qu’il avait contribué à vendre…
Depuis quelques mois, les
commentaires vont bon train. Livrer, ne pas livrer, tous les « grands
esprits » de la politique française, ou presque ont donné leur avis, ce
qui ne contribue évidemment pas à la clarté des débats. Du côté russe également,
les commentaires se sont multipliés. Une fois la poussière des mouvements
retombée, que reste-t-il ? On a parlé de pénalités astronomiques en cas de
non livraison. Où en sommes-nous ? Le côté russe ne demande, en fait, que
le remboursement des sommes versées. « Rendez-nous notre argent et gardez
vos navires. Ils sont parfaitement adaptés à la doctrine d’emploi de la marine
française qui n’est pas la nôtre et, en plus, ils sont extrêmement vulnérables,
ce qui implique une organisation tactique particulière qui n’est pas non plus
la nôtre ».
Le manquement à la
parole ? Les Russes sont bien placé pour évaluer cet argument à sa juste
valeur, eux qui ont renoncé, en septembre 2010, par décision du président de
l’époque, Dimitri Medvedev, à livrer à l’Iran cinq batteries de missiles S300
pourtant dûment commandées et payées. Après des réactions enflammées, un accord
a été trouvé comme un accord sera trouvé avec la France. Quelle influence cela
aura-t-il sur la « signature française » au niveau
international ? Sans doute beaucoup moins que ne veulent le dire des
journalistes avides de sensations et qui ne connaissent pas grand chose à ce
sur quoi ils prétendent avoir un avis.
Que reste-t-il de tout
cela ? La France reste avec deux navires dont elle n’a pas besoin, des
navires qu’il lui sera difficile de vendre ailleurs car ils ont été construits
suivant des normes spécifiques au client initial et un constructeur privé qu’il
va bien falloir indemniser. Avec quel argent ? Vous connaissez la réponse
comme moi. Tâchez de vous en souvenir en 2017 ! Nous voilà donc, avec un
problème franco-français.
Le plus important, à mon
avis, n’est pas ce problème d’épicier. Le plus important est ce que la crise
Ukrainienne a provoqué et que je n’ai pas vu soulevé par mes « chers
confrères ». Il me faut admettre, ici, que je les lis de moins en moins et
donc une éventuelle réaction de ce type a pu m’échapper. Le plus important donc
c’est que maintenant, l’Europe ne peut plus faire semblant d’être indépendante.
Elle ne l’était pas, c’est évident, mais elle pouvait toujours essayer de faire
croire le contraire. Depuis l’affaire des Mistral, mais surtout depuis les
sanctions décidées sous la pression des Etats-Unis et dont on a maintenant la
preuve qu‘elles pénalisent l’Europe autant que le Russie, sinon plus, il n’est
plus possible de prétendre que l’Europe a une politique indépendante des
Etats-Unis. Mais le pire, c’est que maintenant le monde entier le sait, en
particulier la Chine et la Russie. Et l’Europe sait que la Chine et la Russie
le savent…
Vous pouvez imaginer
comment vont se passer les réunions internationales en 2015 ? Les
dirigeants européens avaient déjà abdiqué leurs responsabilités au profit de
l’Union Européenne. « Je ne peux pas prendre ces décisions car elles vont
à l’encontre des règlements européens ». Maintenant, j’ai admis que je ne
pouvais pas non plus prendre de décisions sans l’approbation des Etats-Unis.
Entre Bruxelles et Washington, quelle est la marge de manœuvre de, disons, au
hasard, François Hollande ?
Est-ce qu’il commencerait à réaliser la situation et
faudrait-il expliquer ainsi son escale rapide à Moscou en revenant
d’Astana ? Ou est-ce que je continue à prendre mes désirs pour des
réalités ?...
lundi 8 décembre 2014
Entrevue HOLLANDE - POUTINE à Moscou !
La nouvelle est tombée
samedi matin : le président français va rencontre Vladimir Poutine à Moscou !
Bien entendu, pas question de transformer Moscou en Canossa, donc on y va
« en passant ». On s’arrêtera en revenant du Kazakhstan. Mais c’est
quand-même un événement important, même si, officiellement on cherche tout de
même à en minimiser la valeur symbolique.
Inutile sans doute de
préciser que cet événement me ravit. La France est peut-être en train de
chercher à renouer les fils du dialogue. Si ce pas en avant n’est pas suivi,
comme souvent de deux pas en arrière, cela voudra dire que les dirigeants
français ont enfin compris que notre pays ne peut exister que dans la mesure où
il sera une voix indépendante. Il y a bien longtemps que ces dirigeants
auraient du avoir un petit coup d’œil dans le rétroviseur et auraient du tenir
compte des leçons de l’histoire.
La France n’est pas faite
pour se dissoudre dans des coalitions quelles qu’elles soient. La France ne
peut exister que dans un certain isolement intellectuel. Elle n’est pas faite,
évidemment, pour dominer le monde, elle n’en a plus les moyens depuis bien
longtemps. Elle doit seulement chercher à rester, en toutes circonstances, la
voix de la raison. Pour cela elle doit protéger jalousement son indépendance.
Bon, revenons sur
terre ! Cette visite à elle seule ne justifie pas, bien sûr, une telle
envolée. De plus, le passé récent, nous a appris que ce genre d’initiatives
était souvent suivi d’un mouvement inverse d’intensité équivalente ou
supérieure. L’avenir proche nous dira si nous venons d’assister à la naissance
d’une position nouvelle ou s’il s’agit seulement de la réaction d’un dominé qui
n’a pas encore totalement accepté la domination qui lui est imposée.
En effet, quelle est la
raison d’une telle initiative ? La situation a-t-elle évolué depuis deux
semaines ? Les sanctions on-t-elles eu ces effets miraculeux que l’on nous
promet depuis plus de six mois ? La position de la Russie à propos de
l’Ukraine a-t-elle évolué ? Pour ce qui est de la dernière question, la
réponse est non. La Russie ne veut pas d’une Ukraine dans l’Otan, elle ne veut
pas non plus d’une Ukraine choisissant une appartenance exclusive à l’Union
Européenne. Mais qui le veut, en vérité ? L’Allemagne et la France ont
exprimé, il y a des mois, leur opposition à une entrée dans l’Otan. L’Europe
n’a pas les moyens, notamment financiers, d’accueillir l’Ukraine, et elle le
sait. Elle continue seulement avec un incroyable cynisme à laisser croire aux Ukrainiens
qu’ils vont bientôt intégrer ce nouveau paradis sur terre. Jacques Sapir
évoquait dans une analyse sur son blog
ce matin une entrée éventuelle, « dans vingt ans ou plus ».
L’Europe persiste à jouer
le jeu stérile et dangereux qui lui est imposé par son maître, un maître dont
l’objectif principal est d’empêcher la naissance sur le continent européen
d’une puissance susceptible de lui faire concurrence. Dans le même temps, on
continue à « négocier » en toute discrétion l’accord transatlantique
qui devrait parachever l’asservissement des pays européens. Un accord
transatlantique dont les populations ne veulent pas et que mes confrères russes
appellent maintenant « l’Otan économique ».
Mais ailleurs, il y a eu
des changements. Et quels changements ! Tout d’abord, la diplomatie russe
et son président, ne cachent plus le mépris que leur inspirent les
comportements des pays européens. Cette nouvelle attitude a d’autant plus
choqué que, jusque là, tout le monde s’étonnait de la « prudence »
des réactions du président russe. Certains y voyaient une forme de crainte,
d’autres, une sorte de renoncement, les premiers pour s’en réjouir (vous voyez,
les sanctions ça marche), les autres pour le déplorer (Vladimir Poutine
abandonne nos frères russes d’Ukraine). Ces deux analyses se sont révélées
fausses et les deux derniers discours importants de Vladimir Poutine ont sonné pour
veux qui rêvaient comme un réveil brutal.
A Sochi, tout d’abord,
lors de la dernière réunion du Club de Valdaï (où j’ai d’ailleurs eu le plaisir
de rencontre Ivan Blot, ancien député français). Le président russe a accusé
les USA d’avoir un comportement de « nouveau riche » peu responsable
et il a, au contraire, appelé au
dialogue. Pour lui, « ceux qui prônent les révolutions de couleur et
autres « changements de régime », n’ont pas tiré les leçons d’un 20ème
siècle révolutionnaire qui a fait couler le sang au nom du romantisme de la
création d’un prétendu « homme nouveau ». Au nom de l’homme nouveau,
fasciste, communiste ou cosmopolite au nom de droits de l’homme manipulés, on
se donne la permission d’opprimer l’homme réel. »
Suis-je conservateur, s’est
ensuite demandé le président russe ? Avant de répondre
immédiatement : « oui je le suis ! Mais ce conservatisme n’est
pas synonyme de repli sur soi, mais de respect des traditions, des religions
traditionnelles et de l’héritage historique. »
Ce thème a été repris et
développé dans le discours de Vladimir Poutine devant les parlementaires russes
au début de ce mois : "Une famille saine et une nation saine, les valeurs
traditionnelles que nous avons héritées de nos ancêtres, assorties de
l'aspiration à l'avenir, la stabilité, comme condition du progrès, le respect
des autres peuples et Etats en garantissant la sécurité de la Russie et en
défendant ses intérêts légitimes, telles sont nos priorités".
On retrouve ensuite la
présentation de la situation internationale vue de Moscou et des objectifs de
la Russie. En résumé : vous pouvez vivre comme bon vous semble, mais ne
rêvez pas de nous imposer vos vues où ce que vous appelez des
« valeurs ». Nous sommes hors de votre portée. "Personne
n'arrivera à obtenir une suprématie militaire sur la Russie. Nous avons une
armée moderne, apte au combat, une armée "courtoise", comme on dit
aujourd'hui, mais redoutable. Nous avons suffisamment de forces, de volonté et
de courage pour défendre notre liberté".
La suite du discours est
l’expression du peu d’estime que la diplomatie russe semble maintenant avoir
pour les pays européens. Vladimir Poutine parle tout d’abord des Etats-Unis avec
ironie : "Ce n'est pas par hasard que j'ai mentionné nos amis américains
car ils influencent toujours d'une manière directe ou indirecte nos relations
avec nos voisins, au point que parfois on ne sait pas à qui parler: aux
gouvernements de certains pays ou directement à leur protecteurs
américains".
Parallèlement à cette
attitude de distance froide, la Russie n’est pas restée inactive. Elle est
membre de la plupart des organisations internationales asiatiques et, en
particulier, de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) qui regroupe
déjà la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et
l'Ouzbékistan[1]. Elle a
renforcé ses liens économiques avec la Chine, de façon spectaculaire dans le
domaine du gaz, mais également dans la coopération militaire. La Chine de son
côté a modifié sa position officielle après le G20 de Brisbane où des
diplomates chinois ont fait part de leur réprobation face à la façon dont le président
russe a été traité par les principaux pays occidentaux.
Curieusement, et ce
n’est, à mon avis, certainement pas un hasard, c’est après cette rencontre que
M. Gui Congyou, directeur de la zone « Europe et Asie centrale » au
ministère chinois des affaires étrangères a déclaré, repris par
« Itar-Tass », mais, bien sûr, pas par le New York Times : «“We should take a very careful
and well-considered attitude to tackling nationalities’ issues. We are against
any nationality gaining independence through referendums. As far as Crimea is
concerned, it has very special features. We know well the history of Crimea’s
affiliation[2].”
Ceci ressemble fort, pour moi, à une
reconnaissance « à la chinoise » du rattachement de la Crimée à la
Fédération de Russie.
A quelques jours de là,
Serguei Lavrov insistait sur le volet « technologies de pointe » que
prenait également la coopération russo-chinoise. Un domaine dans lequel la
Corée du Sud a également fait part de sa volonté de coopération après avoir
rejeté les pressions visant à lui faire adopter les sanctions antirusses.
Cette semaine, Vladimir
Poutine va effectuer une visite officielle en Inde. L’ambassadeur d’Inde en
Russie donnait à cette occasion, comme il est de tradition, une interview aux
médias russes. Il y déclarait, notamment : « Il y a des
possibilités très intéressantes de développer notre coopération économique vers
un niveau correspondant aux complémentarités de nos deux pays dans ce domaine.
(…) Ce sommet donnera à nos deux dirigeants la possibilité de coordonner leurs
visions du développement de notre partenariat stratégique et privilégié, pour
les années à venir. »
Parmi les possibilités de
développement des liens bilatéraux, l’ambassadeur indien mentionnait la
défense, l’énergie nucléaire, l’espace, le commerce et les investissements, les
sciences et la technologie, la santé, l’éducation, les médias et la culture.
Rappelons que l’Inde fait
partie des « états observateurs » de l’Organisation de Coopération de
Shanghai, au même titre, d’ailleurs, que l’Afghanistan, l’Iran, la Mongolie et
le Pakistan. L’année prochaine, la Russie prendra la présidence tournante de
l’OCS et on attend l’entrée de l’Inde et du Pakistan comme membres de plein
droit.
On ne parle pas, pour le
moment, de l’entrée de l’Iran, mais Moscou est sur le point de signer avec
Téhéran un accord de livraison de pétrole iranien contre des produits agricoles
et manufacturés russes. Washington par la bouche de l’inénarrable Mme Psaki a
d’ailleurs promis des sanctions supplémentaires contre la Russie si cela se
produisait (« faire toujours la même chose, en espérant à chaque fois
obtenir un résultat différent ! » on connaît cette définition
qu’Albert Einstein donnait de la folie).
Enfin, dernier événement
en date, la Russie renonce au projet de gazoduc « South Stream »,
projet combattu depuis des mois par l’Union Européenne, sur la base du fameux
« troisième paquet énergétique » dont certains pensent qu’il a été
mis en place spécialement pour contrer le projet russe et qui empêche un
producteur de gaz d’être également le propriétaire du tube par lequel il livre
ce gaz.
L’annonce a été faite, ce
n’est pas un hasard à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine en Turquie.
Elle s’est accompagnée de l’annonce de la construction d’un autre gazoduc vers la
Turquie cette fois avec prévision de livraison (l’accord définitif n’est pas
encore signé) de 63 milliards de mètres cube, dont 14 milliards iront à la Turquie. Le reste
ira vers une usine de liquéfaction située face à la Grèce et où les acheteurs
pourront venir se servir.
Cette décision fait suite également à la prise de position de la Bulgarie
qui a finalement cédé aux pressions américano-européennes et a refusé le
passage de South Stream sur son territoire, renonçant par là à des droits de
passage estimés à quelques quatre cent millions de dollars par an. Pour ceux
qui connaissent l’histoire de la région, il est particulièrement significatif
que cette décision ait été annoncée depuis la Turquie. En effet, la Russie et
la Bulgarie sont des nations slaves, liées par la même culture orthodoxe et en
1877, la Russie a aidé la Bulgarie à s’émanciper du joug… ottoman.
Remarquons également que la Turquie fait partie des « états
partenaires de discussion » de l’OCS, de même que la Biélorussie et le Sri
Lanka.
Ainsi donc, alors que les médias occidentaux ne cessent de parler de
l’isolement de la Russie et des conséquences néfastes des sanctions, une
observation neutre de la situation fait apparaître tout le contraire. Il était
temps que la diplomatie française en tienne compte, dans l’intérêt du pays.
Après tout, s’il est parfaitement légitime que M. Obama pense en priorité aux
intérêts des Etats-Unis, le président français a été élu, lui, pour défendre du
mieux possible les intérêts de la France.
Espérons que M. Hollande ne soit pas pris maintenant du vertige de celui
qui, dans un élan de courage inhabituel, a osé faire un pas en avant et qui a
soudain l’impression de se trouver au dessus du vide, et que son prochain
mouvement ne soit pas en direction de ces soi-disant « alliés » qui
ne se veulent que des « maîtres ».
Car, et on se demande si les deux évènements sont liés, Mme. Merkel a pris
hier une position particulièrement agressive vis à vis de la Russie. Dans une
interview à l’hebdomadaire
allemand « Welt am Sonntag », elle affirme que Moscou « n'hésite
pas à bafouer l'intégrité territoriale des pays voisins » et ajoute même qu’elle
serait prête à participer à un conflit armé avec la Russie expliquant :
« qu'en
cas de conflit armé entre la Russie, d'un côté, et l'Estonie, la Lettonie et la
Lituanie de l'autre, l'Otan accorderait aux pays baltes une assistance
militaire, comme prévu par les engagements dans le cadre de l'Alliance. »
Se rend-elle compte de ce que de tels propos ont de dangereux dans la bouche d’une
personne ayant ses responsabilités ?
Je ne parviens pas encore à m’expliquer le retournement de position de Mme.
Merkel vis à vis de la Russie, mais je partage tout à fait le sentiment de Philippe
Grasset qui écrivait récemment : « Aucun élément nouveau décisif, dans les trois ou quatre derniers mois, ne
paraît devoir justifier le revirement de Merkel exprimé dans des termes si dramatiques
et alarmistes, et encore moins l’expliquer. » D’où la tentation
d’expliquer ce revirement violemment antirusse par d’autres moyens et, pourquoi
pas comme le fait ce même Philippe Grasset, par : « la thèse évoquée
épisodiquement ici et là selon laquelle les USA disposent d’un moyen de
pression personnel et direct sur la chancelière et qui est de moins en moins jugée
comme aléatoire ou farfelue. Ce moyen de pression peut aller aussi bien de
documents récupérés de l’ex-RDA, par exemple des archives de la Stasi, que de
certaines affirmations et confidences de la chancelière interceptées par la
NSA. »
Quoi qu’il en soit, une
fois n’est pas coutume, je suis ravi de l’initiative prise par le président
français, parce que c’est une initiative qui va à la fois dans le sens d’un
honneur retrouvé de notre pays, et dans le sens du dialogue, si nécessaire dans
un environnement ou, par faiblesse, les Etats-Unis et leurs vassaux
privilégient la voie de la violence et refusent celle du dialogue.
[2] « Nous devrions adopter une attitude prudente et
réfléchie en ce qui concerne les questions de nationalités. Nous sommes opposés
à l’accession à l’indépendance par réferrendum de quelque nationalité que ce
soit. Mais en ce qui concerne la Crimée, il s’agit d’une situation très
spéciale. Nous sommes tout à fait au courant de l’histoire des affiliations de
la Crimée. »
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