samedi 28 février 2015

Boris Nemtsov : quatre pistes pour un meurtre


La nouvelle de l’assassinat de Boris Nemtsov, ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine a déclenché la série de réactions stéréotypées habituelles. Les médias occidentaux accusent à mots couverts le gouvernement et, bien évidemment le président. A Genève, la Tribune titre : « L'opposant russe Nemtsov abattu devant le Kremlin ». « Opposant » et « Kremlin » dans la même phrase, le message est lancé. En France, « 20 minutes » opte pour un titre un peu plus neutre, mais met rapidement en exergue une citation d’un autre opposant, Mikaïl Kassianov qui a déclaré sur la scène de crime :  «En 2015, un chef de l'opposition tué sous les murs du Kremlin. Cela dépasse l'imagination». Sous les murs du Kremlin est un peu exagéré, il s’en faut d’environ six à huit cent mètres. Mais la formule fait mouche et c’est l’essentiel.
Pour le « Nouvel Obs », Nemtsov a été tué « devant le Kremlin » et l’article commence par la citation de Kassianov mentionnée plus haut. Puis il mentionne la réaction originale de François Hollande qui qualifie le crime « d’odieux » là on peut le suivre tout en regrettant tout de même que ses apitoiements soient si sélectifs. Il poursuit en parlant, à propos de Nemtsov d’un « défenseur de la démocratie » et là il a dû être mal renseigné.
Autre réaction politique prévisible, celle du président Obama qui parle de « meurtre brutal » et appelle "le gouvernement russe à rapidement mener une enquête impartiale et transparente". Depuis le temps que les Etats-Unis financent l’opposition de Nemtsov, on comprend que cette perte l’agace. Cependant, la population russe est au courant de ces financements et c’est en partie pourquoi ses chances politiques s’étaient évanouies depuis longtemps. La réaction aurait pu être plus violente, elle ne l’a pas été.
Du côté russe, évidemment, on parle d’une manœuvre de déstabilisation, ce que les journalistes occidentaux aiment appeler à l’américaine, un « faulse flag ». On ne peut se réjouir de la mort d’un être humain, mais cette fois je suis content que le « faulse flag », si c’en est un, n’ai pas coûté la vie à tous les passagers d’une avion de ligne. Mais je ne crois pas que cela en soit un.
Quatre axes s’ouvrent aux enquêteurs.
Le premier, les affaires. Boris Nemtsov n’est pas moscovite d’origine, Eltsine l’a fait venir de Nijnyi Novgorod dont il était gouverneur. Il y avait également des affaires qui lui ont permis de gagner beaucoup d’argent dans les années 90. A cette époque où les nouveaux riches se permettaient tout, il avait même tourné un clip vidéo avec quelques collègues en politique (Irina Khakamada et Anatoly Tchoubaïs) dans lequel ils expliquaient qu’ils étaient hors du besoin. Avec un salaire de gouverneur ? Peu probable. Mais il y a maintenant longtemps que l’on ne tue plus ses concurrents en affaire en Russie. C’était bon pour les années 90 où on ne pouvait compter sur des lois qui n’existaient pas encore. Je ne crois pas à cette version.
Le second axe serait la politique. Nemtsov a créé un parti, le « Parnass », avec Mikhaïl Kassianov et Nikolaï Rizhkov. Ils avaient réussit récemment à « pousser » Rizhkov hors du parti. Peut-être Nemtsov voulait-il en prendre la tête. N’oublions pas qu’il y aura des élections à la Douma l’année prochaine. Il y aurait eu une réaction au sein du parti pour l’empêcher d’en prendre la direction. Possible, mais je ne suis pas convaincu.
Troisième axe, la provocation. C’est celle qui me semble la moins plausible. Ecartons tout de suite les Etats-Unis qui font toujours un suspect intéressant dans ce genre de circonstances. Ils n’avaient aucune raison de se débarrasser d’un homme politique qu’ils finançaient depuis longtemps et qui avait une bonne image à l’étranger. L’investissement n’avait pas encore commencé à « payer ». Il serait un peu facile d’accuser l’Ukraine. On trouvera toujours là-bas un grand nombre de déséquilibrés prêts à jouer ce genre de jeu, mais de là à passer à l’action. Ce n’est pas si facile de tuer un homme. Je veux dire de le tuer tout en échappant aux enquêteurs. Quand à la Russie et à son président, c’est sans doute eux qui ont le plus à perdre dans l’opération, surtout si le tueur échappe à la police.
Mais c’est surtout le mode opératoire qui me fait éliminer cet axe. Qui dit provocation dit commanditaire, nous venons de traiter ce point et exécutant. La police nous dit, et cela semble confirmé par les témoins, il y a eu six à sept coups de feu. Quatre ont touché Boris Nemtsov dans le dos. Un professionnel ne tire pas six ou sept fois pour tuer. Il tire deux fois. Le premier coup pour « fixer » la cible, le second pour la tuer. Le mode opératoire ne correspond pas à un contrat exécuté par un professionnel. Il y a dans l’acharnement du tireur un côté émotionnel certain. Il ne voulait pas seulement tuer Nemtsov, il voulait se venger de ce que celui-ci lui avait fait. Le désire de vengeance me semble évident, et il s’agit d’une vengeance personnelle.
Il semblerait donc qu’il faille chercher dans la direction de la jeune fille qui accompagnait la victime. D’autant que celle-ci n’a pas été visée. Si elle faisait partie d’un complot en vue de l’assassinat le tueur aurait eu tout intérêt à éliminer un tel témoin potentiel gênant. Mais si elle est l’enjeu d’une rivalité, il est normal que le tueur l’épargne.
La première question à laquelle j’aimerais avoir une réponse est la suivante : Boris Nemtsov était-il le seul partenaire de cette jeune femme ?

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